A Nantes, le cinéaste Mike De Leon, portraitiste de la société philippine sous la dictature

, A Nantes, le cinéaste Mike De Leon, portraitiste de la société philippine sous la dictature

Mila (Charo Santos) dans « Kisapmata » (1981), de Mike De Leon. Mila (Charo Santos) dans « Kisapmata » (1981), de Mike De Leon.

La 44édition du Festival des 3 continents présente, jusqu’au 27 novembre, à Nantes, la première rétrospective mondiale du cinéaste philippin Mike De Leon. Né en 1947, ce grand formaliste et remarquable directeur d’acteurs, attentif à la réalité sociale et politique de son pays, était, jusqu’à présent, passé inaperçu à l’étranger… effacé par le mythique Lino Brocka (1939-1991), qui laisse derrière lui de splendides traversées mélodramatiques des bas-fonds de la capitale (Manille, 1975, et Insiang, 1976). Au-delà de son talent, Brocka acquit une renommée internationale pour avoir été emprisonné par excès de militantisme et trouvé la mort dans un accident de voiture.

Accompagnés de la publication de Last Look Back (autoédité, 600 pages, non traduit), les volumineux Mémoires en deux tomes de Mike De Leon, et précédant la sortie française de cinq de ses longs-métrages et une édition Blu-ray et DVD à l’initiative de Carlotta Films en mars 2023, l’événement nantais met en lumière un pan important de l’héritage du cinéma philippin à travers l’œuvre de cet enfant de la balle. Sa grand-mère, Narcisa De Leon (1877-1966), cofondatrice de LVN Pictures (1938-2005), l’un des studios les plus importants du pays, dont elle est devenue rapidement la seule dirigeante, a produit, dans les années 1950, deux à trois superproductions par mois. Inspiré par cette figure « respectée, crainte, aimée », Mike De Leon créa, à 28 ans, sa propre société, Cinema Artists Philippines, avec laquelle il produisit le chef-d’œuvre de Lino Brocka, Manille, dont il est également le chef opérateur.

Tourmenté par la prise de pouvoir du couple Ferdinand et Imelda Marcos, qui a imposé, de 1972 à 1981, une loi martiale et une dictature, Mike De Leon s’est employé à réaliser des films pour décrire sous tous les angles possibles les mécanismes d’enfermement dans lesquels se trouvait la société philippine, avec une obsession qu’on peut retrouver aujourd’hui chez le cinéaste Lav Diaz. « La capacité de Mike De Leon à évoluer d’un genre à un autre lui a permis de regarder cette aliénation par le biais de différentes échelles : familiale, amoureuse, étudiante, professionnelle », observe Jérôme Baron, le directeur artistique du festival.

Satire de la religion

Sa filmographie est ainsi constituée d’une première incursion dans le cinéma d’épouvante (Itim, 1976), d’un mélodrame (C’était un rêve, 1977), d’une parodie de film d’espionnage (Frisson ?, 1980), de drames psychologiques (Kisapmata, 1981, et Batch’81, 1982), d’une dystopie (Aliwan Paradise, 1992, court-métrage), d’un faux documentaire (Héros du tiers-monde, 1999) et d’un thriller politique (Citizen Jake, 2018). Seul Sister Stella L. (1984), écrit par le scénariste de Bayan Ko, de Lino Brocka, sorti la même année sur le thème similaire de la révolte ouvrière, se passe du genre pour se frotter au réalisme social.

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