Amazigh Kateb: “Une espèce de dictature fascisante s’est installée”

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Gnawa Diffusion sera sur la scène du Nouveau Cap à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis vendredi 13 janvier à 20h30. Le grand retour sur scène d’un groupe mythique, dont le leader Amazigh Kateb nous a accordé une interview sans langue de bois.

Vingt ans après vos débuts, vous voilà de retour sur scène avec Gnawa Diffusion. Avez-vous de nouveaux projets ? 

On est de retour sur scène, oui, mais en réalité on n’a jamais arrêté de jouer tant qu’on pouvait. Les deux années de Covid, simplement, nous ont empêchés de tourner. Nous avons encore l’envie de faire plus et nous préparons un nouvel album. Il nous reste encore six à huit titres à enregistrer avant de tout envoyer au mixage. Il sera prêt pour 2023. 

Dans la foulée, je sortirai un album solo, probablement en 2024. Pour le moment, on va mettre le paquet sur celui de Gnawa. Ce serait totalement inconscient de sortir deux projets en même temps, avec toute la promotion qui en découle. 

Sur scène, on joue seulement deux ou trois nouveaux morceaux. On avait commencé par tous les jouer, mais les gens filmaient et les mettaient sur les réseaux sociaux. C’est dommage car, pour nous, c’est important de les jouer sur scène et de voir les réactions du public, mais on est obligé de restreindre. Malheureusement, aujourd’hui, rien ne peut rester dans la sphère privée. 

Ces deux années de pandémie ont été difficiles à vivre pour les artistes. Pour vous aussi ? 

Ce fut compliqué sur un plan artistique, mais surtout humain. La Covid a permis de mettre les sociétés en coupe réglée. Au-delà du virus qui a fait beaucoup de morts, il y a eu une instrumentalisation abjecte. Une espèce de dictature fascisante s’est installée avec le divertissement, Tik Tok et les réseaux sociaux. 

On nous empêche de réfléchir en nous incitant à rester collés à nos écrans, on augmente la non réalité au détriment du réel. C’est bénéfique à certains égards, car ça nous a permis de voir l’ampleur de l’arnaque. 

On a la sensation que les jeunes s’intéressent de moins en moins à la culture… 

C’est une réalité. Par définition, s’intéresser à la culture c’est s’intéresser à la nuance. Aujourd’hui, l’environnement médiatique de la jeunesse, je le trouve bizarre. On leur apprend à raisonner en termes de noir et blanc, il y a de moins en moins de couleurs dans ce qu’on inculque aux gens. Ils ne vont pas faire la démarche d’ouvrir un livre, ils sont toujours en train de courir derrière des images. 

Nous sommes dans le non analytique, nous redevenons des êtres humains primaires. On sait bien que les portables fabriquent de la dopamine, exactement comme le sucre, c’est aussi addictif. Avec une petite sucette dans la bouche en permanence, nous n’arrivons pas à réfléchir. Moi le premier, je prends conscience que je réfléchis beaucoup moins qu’avant. 

Durant le Covid, il y a eu une transformation de la société, il suffit de voir comment on a instauré le télétravail pour nous cloîtrer de plus en plus, comment ils ont tué de nombreux indépendants. Bientôt, on ira acheter notre baguette chez “Amazon pain”. 

Vous avez toujours fait partie d’un groupe engagé. Cette situation vous inspire-t-elle pour écrire ? 

C’est une source d’inspiration autant qu’une source de peur. Les médias l’ont bien compris : l’être humain aime avoir peur, courir après le buzz. La musique sert à dénoncer, c’est vrai, mais j’aimerais mieux qu’elle serve de prétexte à discuter, qu’on fasse des concerts avec des débats derrière afin que les gens s’expriment. J’ai envie de jouer, de revenir sur scène, mais j’ai surtout envie d’entendre les gens. 

En Algérie aussi, la crise sanitaire semble avoir réduit le mouvement du Hirak à néant…

Exactement, ça a servi à l’éteindre. Quand on fait peur aux gens, en leur disant qu’ils vont mourir, ils sont prêts à ramper sur des kilomètres. Il y a eu des millions de gens dans les rues, sans que ça débouche sur quelque chose de démocratique. Depuis 1962, les Algériens ont eu de très mauvaises expériences avec le pouvoir. Nos mouvements ont très souvent été récupérés. Le peuple algérien est très politisé, mais ses vœux, peut-être à cause d’un manque de maturité politique, ne se concrétisent pas.

Comment transformer la révolte de rue en quelque chose de plus institutionnel, avec des représentants, des doléances, des revendications ? On a un peu tout ça, mais dans le désordre. Et le pouvoir s’est immiscé là-dedans pour se réorganiser, il y a eu un remue-ménage mais pas de changement de système. Il y a aussi eu des actes de répression et les gens ont eu peur. Durant ce mouvement de révolte, on s’est fait avoir par le nombre mais ça ne suffit pas. 

Comment est-il possible que le plus grand nombre se fasse toujours manipuler par un plus petit nombre? Ça, aucun philosophe ne le comprend. Des millions de personnes obéissent à une poignée de personnes. Je crois que la clé, c’est le mystère qu’on maintient autour du pouvoir: ça permet de le renforcer et de manipuler les masses. Et c’est là que les médias ont un rôle très important, car lorsqu’on dévoile les rouages d’un pouvoir, il s’étiole.

Vous aviez lancé, justement, une initiative de constitution citoyenne en Algérie. Où en est-elle ?

On a voulu établir une charte et, à la suite de l’essoufflement du Hirak, on a décidé de l’éditer et de la traduire en berbère et en français. C’est une constitution provisoire qu’on peut retrouver  sur Facebook. A travers ce texte, on appelle à une Assemblée constituante, avec des représentants citoyens.

Comme en France, il y a très peu de citoyens représentés, ce sont les partis qui se partagent le gâteau. Il faudrait une assemblée des partis, qui serait juste une force de propositions, et une assemblée du peuple qui déciderait. Je rêve qu’on s’occupe uniquement des préoccupations citoyennes, du quartier, de la ville, de la circonscription. La démocratie, si elle n’est pas en bas de chez moi, c’est que je ne suis pas en démocratie.

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