Amazonie, la route sans issue

, Amazonie, la route sans issue

ARCHIVES. Au cœur de la forêt vierge, la Transamazonienne devait traverser le Brésil, de la frontière péruvienne à l’océan Atlantique. Les autorités ont alors incité des centaines de milliers de paysans à s’installer le long de cet axe, jamais terminé. Synonyme d’urbanisation forcée, de déforestation et de désastre écologique, la route menace directement les Indiens de la région. Des considérations sans importance pour le président sortant et candidat à sa réélection, Jair Bolsonaro, qui souhaite relancer le chantier. Retour sur ce projet pharaonique, initié par la dictature militaire dans les années 1970.

La forêt amazonienne est un ogre vert prêt à avaler ceux qui l’approchent. Ils sont pourtant des milliers, machette à la main, à tenter de la saigner. Pas à pas, au rythme de quelques mètres par jour, ils tracent leur sillon dans l’univers le plus impénétrable et le plus impitoyable de la planète.

Publicité

Fin 1972, alors qu’un premier tronçon de 2 500 kilomètres de route bitumée vient d’être inauguré, Raymond Cartier, grand reporter à Paris Match, décrit dans nos colonnes l’épopée commencée deux ans plus tôt : « La forêt est si compacte qu’en maints endroits un homme s’écartant de 50 mètres court le risque d’être irrémédiablement perdu dans l’enchevêtrement végétal. Une vraie armée est nécessaire contre les jaguars, les serpents, les hors-la-loi ou même les raids d’Indiens armés de flèches empoisonnées. Sept mois par an, de février à septembre, les pluies monstrueuses submergent les travaux, enlisent et neutralisent le matériel le plus puissant. »

La suite après cette publicité
Vue aérienne de la route percée à travers la forêt vierge, en février 1971. Les travaux ont été lancés le 1er septembre 1970.

Vue aérienne de la route percée à travers la forêt vierge, en février 1971. Les travaux ont été lancés le 1er septembre 1970. © Patrice Habans / Paris Match

En 1952, cette photo historique a été publiée dans le monde entier. Depuis leur village, des guerriers chavantes, dans le Mato Grosso, tirent à l’arc contre l’avion du reporter de Paris Match qui les survole. Son fuselage de toile sera traversé par trois flèches empoisonnées. Vingt ans plus tard, dix mille hommes creuseront ici la Transamazonienne.

En 1952, cette photo historique a été publiée dans le monde entier. Depuis leur village, des guerriers chavantes, dans le Mato Grosso, tirent à l’arc contre l’avion du reporter de Paris Match qui les survole. Son fuselage de toile sera traversé par trois flèches empoisonnées. Vingt ans plus tard, dix mille hommes creuseront ici la Transamazonienne. © Jean Manzon / Paris Match

Pour permettre à la colonne de bulldozers de progresser, il faut d’abord abattre les arbres, débroussailler à la machette

Pour permettre à la colonne de bulldozers de progresser, il faut d’abord abattre les arbres, débroussailler à la machette © Jean Manzon / Paris Match

La suite après cette publicité

L’accès à la grande propriété se développe aux dépens des petits paysans et des ethnies autochtones

Le projet initié par le général Emilio Medici, le président brésilien, vaut bien quelques sacrifices… Cette Transamazonienne, censée entailler sur 5 500 kilomètres la plus vaste forêt humide du monde, parallèlement au grand fleuve Amazone, de la frontière péruvienne à la côte atlantique, doit désenclaver les territoires vierges de l’ouest du Brésil et favoriser leur développement.

L’objectif est d’y attirer les paysans miséreux du nord-est du pays en leur attribuant des bandes de terre de 50 kilomètres situées de part et d’autre de la route. « Des terres sans hommes pour des hommes sans terre », proclame le slogan officiel d’un chantier pharaonique devenu symbole national. On leur promet des maisons et de quoi survivre, du moins au début, le temps de se lancer. Pour la première fois dans l’histoire de l’Amazonie et depuis le début de la colonisation portugaise, au XVIe siècle, la conquête semble se faire au profit des défavorisés. 

La suite après cette publicité
La suite après cette publicité

En 1974, 500 000 personnes ont déjà tenté l’aventure : paysans, ouvriers, artisans, ils ont laissé derrière eux femmes et enfants dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais que de désillusions ! La colonisation impulsée par la dictature militaire n’a pas tenu ses promesses. Les sols, injectés de latérite, sont pauvres et donnent de mauvais rendements. La plupart des premiers colons sont repartis et ceux qui leur succèdent ne sont pas là pour travailler la terre.

La Transamazonienne, qui a drainé dans son sillage 500000colons, menace directement le mode de vie traditionnel des Indiens.

La Transamazonienne, qui a drainé dans son sillage 500000colons, menace directement le mode de vie traditionnel des Indiens. © Jean Manzon / Paris Match

Ces derniers vivent de chasse et de pêche ; la plupart d’entre eux n’étaient jamais entrés en contact avec notre civilisation.

Ces derniers vivent de chasse et de pêche ; la plupart d’entre eux n’étaient jamais entrés en contact avec notre civilisation. © Jean Manzon / Paris Match

Pour ces jeunes Indiennes, la rivière est au centre de la vie. La légende raconte que les Amazones, plongeuses d’exception, sortaient des eaux des pierres vertes plus dures que le diamant.

Pour ces jeunes Indiennes, la rivière est au centre de la vie. La légende raconte que les Amazones, plongeuses d’exception, sortaient des eaux des pierres vertes plus dures que le diamant. © Jean Manzon / Paris Match

Sept mois par an, les pluies monstrueuses submergent les travaux, enlisent et neutralisent le matériel le plus puissant

Fer, caoutchouc, or : sous le manteau vert, les ressources sont immenses… et profitent aux entreprises privées. L’accès à la grande propriété se développe aux dépens des petits paysans et des ethnies autochtones. L’élevage intensif du bœuf remplace l’agriculture. Ranchers et compagnies de bois trouvent ici un nouvel eldorado : le défrichement autorisé de chaque côté de l’immense artère grignote la forêt sur de larges étendues. Des axes routiers secondaires sont ouverts, l’exploitation illégale des ressources forestières ne fait qu’augmenter.

Cinquante ans plus tard, la BR-230, comme on appelle aussi la Transamazonienne, compte finalement un peu plus de 4 200 kilomètres, dont la majorité n’est qu’une piste en terre battue, jonchée de nids-de-poule, impraticable pendant les pluies. En 2019, le président Jair Bolsonaro a décidé d’en reprendre la construction et projette de la bitumer. Résultat : le rythme des déboisements pourrait quintupler d’ici à 2030. Pas de quoi rassurer la communauté internationale. D’après une étude publiée par la revue « Nature », l’an dernier, le prétendu « poumon de la planète » émettrait déjà, dans certaines régions, plus de CO2 qu’il n’en absorbe.

Dans cette zone, la protection des Indiens est assurée par l’armée brésilienne.

Dans cette zone, la protection des Indiens est assurée par l’armée brésilienne. © Jean Manzon / Paris Match

Les conditions de travail sur le chantier sont difficiles et les ouvriers, souvent blessés, sont évacués par hélicoptère jusqu’à un bateau sur le fleuve où sont dispensés les soins médicaux.

Les conditions de travail sur le chantier sont difficiles et les ouvriers, souvent blessés, sont évacués par hélicoptère jusqu’à un bateau sur le fleuve où sont dispensés les soins médicaux. © Jean Manzon / Paris Match

Vue aérienne d’un des affluents du fleuve Amazone, le rio Xingu. La route, qui ne traverse pas le fleuve Amazone, enjambe huit de ses affluents.

Vue aérienne d’un des affluents du fleuve Amazone, le rio Xingu. La route, qui ne traverse pas le fleuve Amazone, enjambe huit de ses affluents. © Jean Manzon / Paris Match

Le but de dictature.org est de traiter le sujet de Combattre les dictatures en toute clarté en vous offrant la visibilité de tout ce qui est publié sur ce sujet sur le web dictature.org vous présente cet article développant du sujet « Combattre les dictatures ». Ce texte se veut reconstitué du mieux possible. Si tant est que vous souhaitez apporter des remarques concernant le thème « Combattre les dictatures » vous avez la possibilité de discuter avec notre rédaction. D’ici peu, nous présenterons d’autres informations sur le sujet « Combattre les dictatures ». visitez de manière régulière notre blog.