Argentine : Hebe de Bonafini, emblématique et polémique figure des droits humains, est morte

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Hebe de Bonafini, le 29 janvier 2008, à Buenos Aires. Hebe de Bonafini, le 29 janvier 2008, à Buenos Aires.

Hebe Pastor de Bonafini est née deux fois. Le 4 décembre 1928, d’abord, dans un quartier populaire d’Ensenada, à 60 kilomètres au sud de Buenos Aires. Puis en 1977, lorsque ses deux fils, étudiants et militants communistes, disparaissent ; d’abord Jorge, le fils aîné, en février, puis Raul, en décembre. Où se trouvent-ils ? Sans nouvelles, sans réponse des autorités – l’Argentine est aux mains d’une junte militaire depuis 1976 –, Hebe de Bonafini, de son nom d’épouse, rejoint, cette année-là, d’autres femmes qui se rassemblent sur la place de Mai, devant le palais présidentiel, à Buenos Aires, afin de réclamer la vérité sur le sort de leurs enfants. Un engagement spontané, qui marquera sa vie autant que celle de l’Argentine, jusque dans son visage le plus polémique.

« Nos enfants [disparus] nous ont fait naître », n’hésite pas à résumer celle qui, jusqu’à sa mort, le 20 novembre 2022, à l’âge de 93 ans, a présidé les Mères de la place de Mai. L’association lutte, entre autres, pour obtenir justice après la mort (ou la disparition) de 30 000 personnes pendant la dictature, selon les organisations des droits humains.

« Hebe de Bonafini laisse un immense héritage. Elle a incarné le combat des Mères de la place de Mai, qui représentent la première et la plus profonde atteinte à la dictature. On peut dire qu’elle a participé à la chute de la junte », estime Ulises Gorini, auteur d’une biographie photographique (Los caminos de la vida, 2022, non traduit) sur celle que les Argentins appellent « Hebe ». Son image publique est indissociable de son foulard blanc noué sur la tête, symbolisant les couches des enfants arrachés, symbole rapidement endossé par les Mères de la place de Mai après leur premier rassemblement, le 30 avril 1977.

« Je n’ai jamais arrêté »

« Les mères se rassemblent au moment le plus cruel et répressif de la dictature. Hebe de Bonafini est une icône. Son courage, sa force de caractère la mènent à être choisie comme présidente par ses camarades », au moment de la formalisation de l’association, en 1979, décrit Marianela Scocco, historienne au Conseil national des recherches scientifiques et techniques (Conicet). « Elle fait de sa douleur une lutte », poursuit l’universitaire spécialiste de l’association. C’est Hebe de Bonafini qui, pendant la Coupe du monde 1978, organisée et remportée par l’Argentine, et avec d’autres Mères, s’échine à dévier le regard des caméras étrangères vers les exactions du régime. Sa lutte et sa figure dépassent les frontières de son pays. Dès 1979, elle entreprend des voyages en Europe et aux Etats-Unis.

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