“Azor” d’Andreas Fontana : un film envoûtant sous influence borgésienne

, “Azor” d’Andreas Fontana : un film envoûtant sous influence borgésienne

Andreas Fontana, dans son premier film (présenté à la Berlinale 2021), parvient à décrire une dictature sans jamais la montrer directement.

Pelouses tondues comme des moquettes, corridors feutrés, clubs très fermés… Yvan De Wiel (Fabrizio Rongione, acteur belge bien connu des familier·es du cinéma des frères Dardenne et de celui d’Eugène Green), héritier souriant et très polissé d’une banque privée genevoise fondée par son grand-père, plus habitué au calme bourgeois à l’européenne, est contraint de se rendre à Buenos Aires.

Kurtz (comme Marlon Brando dans Apocalypse Now), son associé, qui s’occupait de leurs affaires argentines, a mystérieusement disparu, et De Wiel doit reprendre leurs dossiers en main. Il va faire la connaissance de diplomates français, de certains de ses clients, tous millionnaires plus ou moins arrogants, propriétaires terriens vivant dans de vastes propriétés protégées du monde extérieur, qui bruissent pourtant de mille drames, de secrets chuchotés au bord d’une piscine, de complots impénétrables. On fait du cheval, on mange de la bonne viande, on place son argent en Suisse, on échange des valises au contenu inconnu et on boit du gin avec un homme d’église inquiétant qui s’exprime par sous-entendus…

[embedded content]

Tout semble aller bien pour De Wiel, sauf que – nous avions volontairement omis de le dire plus tôt – nous sommes à la fin des années 1970 et que l’Argentine est une dictature d’extrême-droite, où les gens (les opposant·es) peuvent disparaître très rapidement. Surtout s’iels sont de gauche – incarnation du mal, bien sûr. On ne les revoit jamais. Des soldats patrouillent dans les rues. De Wiel, qui est venue avec son épouse, voit mais ne voit rien, ou ne veut pas en voir davantage, ce n’est pas son affaire. Courtois, sympathique, il se meut au milieu de bibliothèques rassurantes, dans un monde dont il distingue peu à peu les arcanes, mais qu’il ne cherche surtout pas à connaître plus qu’il ne lui est nécessaire. Comme un Fabrice qui ne voudrait surtout rien comprendre à la bataille de Waterloo.

Une dictature hors champ

Il ne cesse aussi de rencontrer des gens (dont une femme et sa sœur presque jumelles, interprétées par Elli Medeiros) qui lui parlent de son associé (connu comme le loup blanc), de manière parfois si contradictoire qu’il semble impossible d’en dessiner un portrait précis, juste, figure insaisissable dont on finit par se demander si elle existe vraiment, si sa disparition a vraiment eu lieu tant il semble fantomatique, refléter les fantasmes de tous ceux et celles qui l’ont croisé ou bien connu. Se serait-il fondu dans la pampa ?

La vermine, où qu’elle soit, il faut l’éliminer, non ?” demande un homme d’affaires arrogant à De Wiel. Qui, après hésitation, approuve. Lui, le pusillanime va au final se glisser peu à peu dans la peau de cet associé introuvable, se couler dans les méandres du Río de la Plata, et accomplir ce pour quoi il est venu : son travail de banquier.

Azor est le premier long-métrage de fiction du Suisse Andreas Fontana, dont il a co-écrit le scénario avec Mariano Llinás, grand scénariste argentin, compère de Santiago Mitre (et auteur d’un film fleuve fou et époustouflant, La Flor), dont on reconnaît ici la fascination – romanesque, soyons précis – pour les complots, pour la littérature de Jorge Luis Borges, aussi, d’ailleurs cité dans les dialogues.

Un film envoûtant, romanesque et politique, aussi effrayant que drolatique dans sa description d’un univers dément, cruel, qui semble avoir été inventé par un vieil écrivain plein d’imagination : Andreas Fontana réussit à nous faire ressentir l’ambiance d’une dictature qui reste constamment hors champ. Visible dans son invisibilité, obscure dans sa clarté.

Azor d’Andres Fontana avec Fabriozio Rongione, sortie le 12 octobre.

, “Azor” d’Andreas Fontana : un film envoûtant sous influence borgésienne

Le but de dictature.org est de traiter le sujet de Combattre les dictatures en toute clarté en vous offrant la visibilité de tout ce qui est publié sur ce sujet sur le web dictature.org vous présente cet article développant du sujet « Combattre les dictatures ». Ce texte se veut reconstitué du mieux possible. Si tant est que vous souhaitez apporter des remarques concernant le thème « Combattre les dictatures » vous avez la possibilité de discuter avec notre rédaction. D’ici peu, nous présenterons d’autres informations sur le sujet « Combattre les dictatures ». visitez de manière régulière notre blog.