Du rugby et des meurtres : El Clan, la folie des Puccio

Alejandro Puccio est à terre, et le peu de conscience qui l’anime encore aimerait certainement s’enfoncer toujours plus bas. À 27 ans, l’élégant rugbyman du Club Atlético San Isidro, dans la banlieue de Buenos Aires, a le corps tuméfié, plié dans une position aberrante. Un filet de sang glisse de sa bouche, en accord avec son nez explosé et son âme déchirée.

L’ailier flamboyant est habitué à prendre de bonnes charges. Sur le terrain, il n’hésite pas à chercher le contact, parfois à l’excès au regard de ses qualités de vitesse et d’agilité. Sa crinière brune a même brillé sous le maillot des Pumas argentins. Mais cette fois, ce n’est pas un solide gaillard qui lui a imposé l’arrêt buffet le plus brutal de sa vie.

Ce 8 novembre 1985, son opposant est la justice de son pays. Et elle a gagné une partie d’une violence extrême. Le gazon moite n’a pas amorti la chute ; Puccio gît dans l’enceinte du palais de justice de Buenos Aires. Il est 10h37 du matin. Il était appelé à témoigner dans une affaire qui lui vaut la prison à perpétuité pour sa participation aux enlèvements, séquestrations, extorsions et meurtres menés par sa famille, son « clan ». Le Clan.

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Menotté les mains devant lui, « Alex » s’’est défait du policier qui le retenait, en a esquivé un autre et a couru jusqu’à la balustrade pour se jeter dans le vide depuis le cinquième étage du tribunal. Une dizaine de mètres plus bas, il s’est écrasé sur le toit d’un kiosque installé au milieu de la salle des pas perdus. Une large tache de sang marque l’impact, dont le bruit assourdissant a fait craindre aux passants un attentat.

Puccio n’a pas lâché un mot pendant sa chute, après plusieurs mois passés à clamer son innocence. Son corps est secoué de convulsions. Le condamné s’étouffe dans son sang. La stupeur laisse place au tumulte. Les proches de l’enfant prodige crient. « Non, non ! » Un policier appelle : « Un médecin ! »

On apporte une échelle pour rejoindre Puccio, dont le corps est enveloppé dans un drap blanc, direction l’hôpital Fernandez. Le flamboyant ailier des Pumas a fait long feu. Sa flamme s’est éteinte, sa superbe envolée. Il est désormais l’incarnation sombre et sordide d’un pays abîmé par la dictature.

Ombres et lumière

« Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu’il a été proprement fait. »

Rugby, séduction et violence : Alejandro Puccio est une image brute de l’Argentine. Depuis que son arrière-grand-père sicilien a traversé l’Atlantique, l’histoire de sa famille est intimement liée aux tourments du pays gaucho. Six coups d’État ont réussi au XXe siècle, d’autres ont échoué, et les crises politiques et économiques ont continué de surgir ces dernières décennies.

Arquimedes Puccio et ses crimes sont des enfants de la dictature du « Proceso de Reorganizacion Nacional », le nom élégant dont s’est affublé le régime installé par le coup d’État du 24 mars 1976 contre Isabel Peron. Jeune diplomate au sortir de la Seconde Guerre mondiale, affidé de l’extrême-droite la plus féroce, il œuvre pour la junte au sein des services secrets, une mafia au cœur de l’Etat.

Ses enfants recevront en héritage la violence et les drames de cette période sombre, que le film El Clan dépeint en 2015 comme « la dictature la plus monstrueuse de l’histoire de l’Argentine« . Une formule lourde de sens dans un pays qui a connu la terriblement bien nommée « Décennie infâme » et la mensongère « Révolution libératrice ». Entre 1976 et 1983, qui voit la chute de la junte, on compte des milliers de meurtres, de disparitions, d’enlèvements d’enfants, de déplacements de populations…

Arquimedes a fait carrière dans les ombres de la dictature, dont il épouse le « national-catholicisme », une croisade anti-communiste soutenue par l’Église et les États-Unis. Avec sa femme Epifania, ils ont eu cinq enfants, trois garçons et deux filles. Né en 1958, Alejandro est l’aîné. Adriana, de onze ans sa cadette, la plus jeune. Entre eux, Silvia, Daniel et Guillermo grandissent également sous l’autorité funèbre d’Arquimedes, à une quinzaine de kilomètres au nord de la capitale.

À San Isidro, le père a la réputation d’un homme austère, élégant et discret. On salue ses galons de vice-consul, ex-secrétaire des Sports pour la municipalité de Buenos Aires, comptable et propriétaire de la rôtisserie Los Naranjos. On le voit à la messe, le dimanche, et plus régulièrement sur le trottoir devant chez lui, qu’il balaye frénétiquement. « Sans la participation de tous, on ne peut rien faire pour que San Isidro soit présentable« , disait-il selon le kiosquier voisin. « Il a même repeint mon poteau électrique parce qu’il disait qu’il était moche. » Il est « le fou au balai » ou encore « Bernardo », comme le compagnon muet de Zorro.

L’homme au regard intense est insondable mais ça ne fait pas de doute : Arquimedes Puccio est un notable digne du plus grand respect. Et ses enfants sont charmants, à commencer par Alejandro. Sa famille l’appelle « Zorri », ses amis « Huevo » et tous s’enthousiasment pour son talent éclatant à l’aile.

Alex fait ses débuts en équipe première du Casi à 19 ans. Il est un pur produit de « l’Academia », institution du rugby argentin réputée pour son ancienneté (le club a été fondé en 1902 et la section rugby est née en 1907), le développement de talents comme Puccio et le palmarès bâti depuis son stade au nom évocateur, La Catedral. Les rivaux du San Isidro Club ont notamment vu passer Che Guevara dans leurs rangs. Puccio porte lui un maillot rayé de noir et blanc.

Il intègre rapidement les Pumas et remporte le Sudamericano 1979 (championnat d’Amérique du Sud). Les archives de la fédération argentine le créditent de cinq sélections. Numéro 14 dans le dos, il joue dans les installations du « Stade Français » de Santiago du Chili et inscrit deux essais, contre le Brésil et le Paraguay.

Au début des années 1980, il participe également à une tournée informelle en Afrique du Sud : le régime d’apartheid est au ban des nations mais des fédérations sudaméricaines s’associent pour une série de tests-matches. Les Springboks viennent s’imposer en Uruguay et au Chili. Les Jaguars prennent la leçon à Johannesburg, Durban ou Pretoria. Mais le 3 avril 1982, Puccio et ses compagnons de voyage signent leur seule victoire face aux Mighty Boks, dans l’enceinte du Free State Stadium de Bloemfontein (12-21).

La veille, les troupes argentines ont débarqué aux Malouines, où les forces britanniques les mettront en déroute. Trois mois plus tard, le clan fera sa première victime connue. Mais pour l’instant, Alex Puccio a 25 ans et la vie s’offre à lui. Le rugby le mène également en Europe et ses équipiers de l’époque le décrivent comme un drôle de fêtard lors de ces tournées. À San Isidro, le jeune homme fréquente Monica, enseignante en maternelle. Ensemble, ils gèrent également une boutique dédiée au surf et aux sports aquatiques.

Le clan Puccio semblait avoir trouvé la dolce vita de l’autre côté de l’Atlantique. Comment imaginer les crimes mafieux auxquels ils se sont livrés derrière les murs de leur maison ?

L’industrie familiale

« La fin justifie les moyens. »

Arquimedes était le leader de ce qu’il appelait son « industrie familiale sans cheminées et à la main d’œuvre peu chère« . Au sein du clan, le père et son fils Alejandro ont été condamnés pour quatre affaires. Expatrié aux antipodes (Nouvelle-Zélande puis Australie) lors des trois premières, le petit frère Daniel a participé au quatrième enlèvement. L’éventuelle culpabilité de la mère, Epifania, et des deux filles, Silvia et Adriana, n’a pas pu être démontrée. Les enquêteurs ont soupçonné le clan d’avoir participé à différents crimes non élucidés et d’en avoir planifié bien d’autres. Mais la fidélité de la bande et l’emprise d’Arquimedes ont étouffé bien des secrets, notamment sur leur butin.

Alejandro Puccio du temps de sa splendeur.

Alejandro Puccio du temps de sa splendeur.Getty Images

Au moment de lancer son entreprise, le padre Puccio a élargi le cercle familial avec une poignée d’hommes rencontrés dans les ombres de la dictature : un colonel à la retraite (Rodolfo Franco), un compagnon des services secrets (Guillermo Laborda) et un mécanicien-garde du corps (Roberto Diaz). En 1982, leur première réunion criminelle, reconstituée par le journaliste Rodolfo Palacios dans le livre El Clan Puccio, permet à Arquimedes de poser le décor, brutal :

« La trahison se paie par la mort. Ce qui se dit ici, reste ici. Nous devons tous apporter un candidat à enlever. Nous devons tous participer à tout. Nous devons tous donner à l’organisation une preuve d’engagement. Et nous devons tous savoir que si l’un d’entre nous tue, ce sera comme si nous appuyions tous sur la gâchette. »

Arquimedes Puccio fait quand même en sorte que ce soient les membres extérieurs à la famille qui abattent leurs victimes. Voilà pour leur preuve d’engagement. Il impose également les plans établis par son esprit psychopathe, qu’il s’agisse des cibles (des membres de riches familles) ou du mode opératoire (des enlèvements en plein jour après avoir simulé une panne de voiture). Il contacte les proches des victimes pour leur transmettre les demandes de son « organisation », le « Comando de Liberacion nacional » et dicte à ses captifs des lettres poignantes.

Les autres sont des hommes de main, subalternes. Alejandro est l’homme de confiance, essentiel. On donnerait le bon dieu à la famille Puccio ? Que dire alors du bel Alex, héros du Casi et fier puma ? Pour son père, il est un leurre qui séduit la bourgeoisie argentine pour mieux soumettre les victimes du clan, qui se distingue par sa cruauté froide sous l’emprise d’Arquimedes.

« Alejandro était un menteur« , balancera Laborda au sujet de son complice. « Il aimait l’argent et il était prêt à commettre des crimes pour en avoir. Il n’avait rien d’un innocent. Arquimedes était une ordure. On aurait dû le liquider. Le seul qui en valait la peine était l’autre gamin, Maguila [le surnom de Daniel, le petit frère, qui jouait avec la troisième équipe du Casi]. Il ressemblait à son père, mais moins ténébreux. »

Ricky, Edu, Milo et Nélida

« Le succès ou l’échec d’une entreprise ne dépendent pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous utilisons ce que nous avons. »

La première victime établie du clan Puccio est Ricardo Manoukian. En ces temps troublés, le jeune homme de 24 ans était averti : son oncle Gregorio, propriétaire de la chaîne de supermarchés Tanti, avait été rançonné lors d’un premier enlèvement avant d’être tué dans une seconde tentative quelques mois plus tard. Mais « Ricky » ne s’est pas méfié d’Alex, qu’il connaissait et qui l’a piégé le 22 juillet 1982. Pendant neuf jours, Manoukian a été séquestré dans la salle de bain des Puccio, au premier étage. Sa famille a payé une rançon de 500 000 dollars. Ses ravisseurs l’ont abattu de trois balles dans la tête.

L’année suivante, au mois de mai, El Clan s’attaque à Eduardo Aulet. Ingénieur industriel, supporter de Boca Junior, « Edu » a 25 ans et joue au rugby. « Serait-il vivant s’il n’avait pas connu Alejandro ? », interroge sa compagne Rogelia Pozzi, qui partageait sa vie depuis sept ans. Les Aulet ont également été trahis par un proche de la famille. Ils ont payé 15 000 dollars pour libérer leur enfant. Les ravisseurs l’ont tué avec deux tirs.

En 1984, c’est au tour d’Emilio Naum d’être dans le viseur du clan. Alejandro ne participe pas à l’enlèvement. Son père, Diaz et Laborda doivent capturer l’entrepreneur de 38 ans mais ce dernier résiste. Une balle part, il meurt sur le coup. Quelques semaines après ce fiasco, Arquimedes Puccio appelle la veuve de « Milo » Naum : « Bonjour Alicia. Vous ne me connaissez pas, mais je vous connais. Votre mari me devait 290 000 dollars. J’en veux désormais 350 000. C’est clair ? Ne commettez pas la bêtise de le dire à qui que ce soit. Votre vie et celle de vos deux filles est en danger. » Alicia sollicite un ami juge et El Clan disparaît.

Arquimedes et ses hommes de main refont surface l’été suivant. Entretemps, Maguila a fait son retour en Argentine. En Australie, le petit garçon rieur, ce qui lui a valu son surnom inspiré d’un gorille dans un dessin animé, est devenu végétarien. Il qualifie d’assassins ceux qui portent des vêtements en cuir. Certains portraits font de lui un adepte du « zen » voire du « bouddhisme ». Il ne ferait pas de mal à une mouche, pense-t-on. Mais il revient à San Isidro à la demande pressante de son père.

« Prépare-toi, parce que si dieu le veut, je vais avoir besoin de toi dans peu de temps« , écrit Arquimedes dans une lettre cryptique : « Je suis en train de préparer une autre entreprise dont je crois qu’elle fonctionnera parfaitement. Quand on étudie et planifie tous les aspects de l’investissement… J’aimerais que tu puisses lire entre les lignes. » Pour clarifier son message, Arquimedes envoie à son fils une coupure de presse sur l’enlèvement de Manoukian.

La nouvelle « entreprise » d’Arquimedes vise Nélida Bollini de Prado, veuve de 58 ans, propriétaire de différents magasins sur la prestigieuse avenida Independencia (avenue de l’Indépendance) à Buenos Aires. Cette fois, le clan demande 5 millions de dollars aux enfants de leur captive, également retenue dans la maison des Puccio, dans un sous-sol humide aux murs tapissés de journaux. Près de la tête de lit, recouvert d’une couverture à carreaux marron, un titre d’article consacré au réalisateur suédois Ingmar Bergman frappe par son ironie cruelle : « Comme en famille« .

À la différence des précédentes victimes du clan, la famille de Nélida Bollini prévient la police. Les enquêteurs écoutent les échanges menés par Arquimedes. La rançon est finalement établie à 250 000 dollars. L’argent doit être remis dans une mallette près du stade du Club Atlético Huracan, qui révèlera plus tard les talents de Lucho Gonzalez ou encore Javier Pastore. Le 25 août 1985, Huracan est en déplacement à Velez Sarsefield, où il s’incline 2 buts à 0, et Arquimedes est cueilli par la police en compagnie de Maguila et Laborda.

Une heure plus tard, une vingtaine de policiers investit la maison Puccio, à San Isidro. Alejandro vient de rentrer avec sa compagne Monica après avoir mangé un hamburger. Ils s’apprêtent à regarder un film. Un pistolet est braqué sur la star du Casi. Il est menotté pendant qu’un officier lui présente un mandat de perquisition. « Je suis innocent, je ne sais rien« , récrimine Alex avant de voir les policiers libérer la dernière victime du clan, prisonnière depuis 32 jours. Sur les murs de la maison, ils découvrent les citations qu’Arquimedes se plaisait à afficher pour inspirer ses enfants.

Un monstre, un assassin, un traître

« Fais le bien sans te demander pour qui. »

Gloire locale et même nationale, compagnon aimé, ami entouré, Alejandro Puccio a vu sa vie s’envoler devant lui. La chute était trop lourde ; il ne l’a jamais assumée, s’enfermant dans un déni que ses proches ont naturellement accompagné.

« Je n’avais jamais imaginé ce qu’Alejandro était en réalité : un monstre, un assassin, un traître« , confiait en 2015 Chapa Branca, compagnon de Puccio sous les couleurs du Casi et lors de la tournée sud-africaine du printemps 1982. L’Argentine replongeait alors avec frénésie dans les souvenirs du clan, mis en scène au cinéma (El Clan, récompensé par un Lion d’argent à la Mostra de Venise) et en série (Historia de un clan et désormais El Secreto de la Familia Greco).

Dans le quotidien La Nacion, Branca décrit lui-même une scène de film qui le voit courir après un véhicule de police dans lequel son ami est transporté : « On était tout un groupe, on lui criait : ‘Tu vas sortir de là !‘ » Le Casi joue alors les phases finales du Torneo de la URBA. « Je pensais qu’il était détenu pour un accident de la route ou quelque chose comme ça, poursuit Branca. Pendant la demi-finale, quelqu’un dans le public a commencé à crier : ‘séquestreurs, séquestreurs !’ Je ne comprenais pas pourquoi. »

Le président du club assure même à ses joueurs que Puccio pourra participer à la finale. Il n’en est rien mais le Casi s’impose tout de même avant de remporter le Campeonato Sudamericano de Clubes de Rugby. Pendant ce temps, l’affaire Puccio explose. S’ensuivra une disette de dix ans pour le club le plus titré de la province de Buenos Aires.

Persuadé de l’innocence de son ami, Branca se dispute avec une autre connaissance commune. « Il m’a dit : ‘Je ne sais pas pourquoi tu le défends encore, tu étais sur la liste« , raconte le solide deuxième ligne. « Je suis resté glacé.”

La « liste », c’est une dizaine de noms écrits par Arquimedes Puccio sur une note retrouvée par les enquêteurs. En tête de la liste, figurait Ricardo Manoukian. On retrouvait ensuite les autres cibles du clan. « Mon vieux avait beaucoup d’argent« , poursuit Branca. « Ce n’est pas étonnant que nous soyons dans le viseur de ces kidnappeurs. Depuis, ce jour, je ne me suis plus approché d’Alejandro. Je n’ai jamais récupéré de ce coup. »

Alejandro Puccio a lui survécu à sa tentative du suicide du 8 novembre 1985, au tribunal, mais il en gardé de lourdes séquelles jusqu’à sa mort en juin 2008. Selon son avocat, il bénéficiait d’une liberté conditionnelle depuis huit mois, après 22 ans d’incarcération qui lui ont notamment permis d’étudier la psychologie. Souffrant de convulsions toute sa vie, il a été emporté par une infection généralisée à 49 ans.

La fosse commune

« L’histoire des peuples est écrite par des minorités. »

Quelques semaines plus tard, Arquimedes Puccio était libéré à son tour, après 23 ans et huit mois en prison. Il s’est retiré dans la province de la Pampa, accueilli par des évangélistes bienveillants avec les criminels de la dictature.

Lorsque le journaliste Rodolfo Palacios l’a rencontré sur ses nouvelles terres, Arquimedes racontait avoir abusé d’une jeune fille de 14 ans et multipliait les provocations minables, avatar nostalgique d’un temps révolu. Hitler ? « Un grand homme. » Mussolini ? Sa mort était indigne mais « les Italiens lui doivent beaucoup. »

Chez le coiffeur, qui lui demande d’arrêter ses grossièretés, Arquimedes fait de l’esbrouffe :

« – Tranquille, je suis inoffensif. Vous savez qui je suis ?
– Je n’en ai pas idée.
– Vous ne devinez pas ?
– Monsieur, je suis en train de travailler.
– Je suis Arquimedes Puccio.
– Je vais vous demander de partir et de ne plus jamais revenir.
– Pour quelle raison ?
– Je ne coupe pas les cheveux des assassins.
– Vous vous laissez avoir par la presse. Ce ne sont que des mensonges. »

Lorsqu’il est mort dans la commune de General Pico en 2013, à 83 ans, personne n’est venu réclamer le corps à la morgue ni assister à son enterrement dans la fosse commune. Pendant les dernières années de sa vie, il essayait de contacter sa femme et ses filles. Elles avaient abandonné son nom, s’étaient installées dans le quartier de San Telmo, à Buenos Aires, et raccrochaient le téléphone sans parler au patriarche déchu, ce qui le plongeait dans le plus grand désespoir.

Selon le pasteur qui l’a accueilli dans la Pampa, Arquimedes souhaitait renouer avec ses proches. Pour un ami interrogé par le journaliste Rodolfo Palacios, « il ne résignait pas à perdre l’argent qu’il avait gagné avec les enlèvements. Il voulait le récupérer. » Ses complices assurent n’avoir reçu que « des miettes » et ne tarissent pas d’insultes envers leur ancien leader.

La justice n’a jamais pu établir le rôle des femmes du foyer Puccio auprès des captifs, qui mangeaient le poulet au riz d’Epifania. Pour la juge d’instruction en charge de l’affaire, « seule la petite de 14 ans [Adriana] était étrangère aux enlèvements« . Elle insiste : « Arquimedes était un psychopathe. Et les Puccio étaient une famille malade. »

Sans jamais reconnaître son implication, Alejandro a renié son « psychopathe » de père. « Mon amour, je n’en peux plus de ce merdier et je ne veux plus être un punching-ball pour des choses auxquelles je n’ai jamais participé« , écrivait-il à sa compagne Monica avant sa première tentative de suicide, suivie par d’autres lors de sa détention.

Il ne restait que Daniel, « Maguila », incarcéré pendant un peu plus de deux ans avant d’être libéré en 1987 dans l’attente d’une sentence. Il a ensuite été condamné pour sa participation à l’enlèvement et à la séquestration de Nélida Bollini de Prado. Mais entretemps, Daniel s’était envolé, jusqu’à ce que la police brésilienne l’interpelle en septembre 2019. Il n’était plus visé par la justice argentine, pour qui ses méfaits sont désormais prescrits, mais les autorités brésiliennes soupçonnent elles aussi le fils préféré d’Arquimedes d’activités criminelles et l’incarcèrent pour son usage de faux papiers.

Comme son frère Alejandro, Daniel jouait au rugby. Il n’avait pas le même talent mais partageait le même nom. Les Puccio devaient incarner la vigueur du Club Atlético San Isidro. Ils sont devenus des symboles d’ignominie et du mal infusé dans la société argentine par la dictature.

« Dans le rugby, on apprend l’amour, l’éducation, la camaraderie”, explique Chapa Branca. « Mais on n’a jamais rien su des problèmes qu’Alejandro avait à la maison. S’il nous avait dit quelque chose, on lui aurait tendu la main. On l’aurait aidé à s’en sortir. Au lieu de ça, il nous a tous trainés dans la poussière. […] En plus d’un assassin, il était un traître. Je ne comprends pas ce qu’il a tiré du rugby. »

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