Enki Bilal, dessinateur : « C’est une dictature en marche, je serai toujours du côté des artistes

, Enki Bilal, dessinateur : « C’est une dictature en marche, je serai toujours du côté des artistes

Le dessinateur Enki Bilal, le 5 juin 2021, en dédicace à la librairie Eyrolles, à Paris. Le dessinateur Enki Bilal, le 5 juin 2021, en dédicace à la librairie Eyrolles, à Paris.

Figure tutélaire de la BD politique et de science-fiction, Grand Prix d’Angoulême en 1987, également peintre et réalisateur, Enki Bilal, 71 ans, a été consterné par la déprogrammation de l’exposition consacrée à Bastien Vivès au Festival international de la bande dessinée, qui se tient du 26 au 29 janvier. Il s’exprime publiquement pour la première fois sur le sujet et répond à la pétition signée par 500 auteurs réclamant au Festival d’Angoulême une « charte de l’engagement » applicable dans ses choix de sélection des artistes.

Que vous inspire l’affaire Vivès ?

Je ne savais pas que Bastien Vivès avait fait des bouquins pornos. Ce qui évidemment n’est en rien un problème : c’est dans la tradition de la bande dessinée et dans l’art en général. J’ignorais, en revanche, les grosses conneries qu’il a proférées sur les réseaux sociaux quand il était plus jeune. Je les condamne évidemment, sans la moindre réserve. Maintenant, il y a la question de la liberté de création d’un artiste…

Vous paraît-elle attaquée dans cette affaire ?

Si on veut faire de la provoc, on doit pouvoir le faire. Dans l’art, c’est même souhaitable. Mais il faut rester dans le domaine du fantasme, du décalage du réel. Il faut faire preuve, même dans les plus grands délires, d’une certaine nuance – mot qui semble avoir perdu tout son sens dans le monde binaire d’aujourd’hui. Le déferlement de haine sur les réseaux sociaux le prouve, avec la désagréable impression que le wokisme – ce maccarthysme à l’envers – y prend sa part. Que cette idéologie provienne de la gauche est atterrant.

Que craignez-vous ?

Il y a quelque chose d’inquisitoire dans ces associations tenues par des gens dont ne sait pas d’où ils sortent. On sait, par contre, ce qu’ils veulent : une sorte de mise au pas de la pensée. C’est une dictature en marche, je serai toujours du côté des artistes. Je les défendrai toujours, sauf s’ils sont impliqués dans des actes délictueux et condamnables. Dans le cas de Vivès, la pression, la précipitation, le manque de débat ont fait capoter l’exposition d’Angoulême alors que personne n’en connaissait le contenu. C’est grave, dangereux, et cela dit des choses terribles de ce qui nous attend. Pour résumer, je condamne les propos du gamin inconséquent – je trouve ça vraiment pas beau et con – mais on ne touche pas à l’artiste. On l’aime ou on ne l’aime pas, on le critique, même avec violence, mais avec les mots. Et surtout pas d’acharnement lâche, de mise au ban, de clouage au pilori.

Que pensez-vous de cette pétition signée par 500 auteurs réclamant que « le Festival d’Angoulême établisse une charte d’engagement, afin que les futures sélections et programmations du festival soient réalisées dans le respect du droit des personnes minorisées ainsi que dans l’égalité de leurs représentations » ?

Il vous reste 22.34% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le but de dictature.org est de traiter le sujet de Combattre les dictatures en toute clarté en vous offrant la visibilité de tout ce qui est publié sur ce sujet sur le web dictature.org vous présente cet article développant du sujet « Combattre les dictatures ». Ce texte se veut reconstitué du mieux possible. Si tant est que vous souhaitez apporter des remarques concernant le thème « Combattre les dictatures » vous avez la possibilité de discuter avec notre rédaction. D’ici peu, nous présenterons d’autres informations sur le sujet « Combattre les dictatures ». visitez de manière régulière notre blog.