Espagne : avec la loi de « mémoire démocratique », les victimes de la dictature franquiste réhabilitées

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Après la mort de Franco, en 1975, l’Espagne n’a pas voulu juger les responsables de la dictature. La loi d’amnistie, adoptée en 1977 par quasiment tous les partis, a permis au pays d’avancer vers la réconciliation et la démocratie… en fermant les yeux selon la règle du « ni vainqueurs ni vaincus » : les victimes n’ont jamais été reconnus comme telles

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La loi phare du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, dite de « mémoire démocratique » a finalement été adoptée des dizaines d’années plus tard. Ce texte qui remet les pendules à l’heure est donc « un pas de plus vers la justice, la réparation et la dignité » dit le Premier ministre socialiste, qui a fait de la réhabilitation des victimes du franquisme l’une de ses priorités. « La mémoire, c’est la démocratie » a ainsi tweeté Pedro Sanchez après l’adoption de la loi.

Cette loi change beaucoup de choses dans la recherche des disparus : elle devient la « responsabilité de l’État », ça veut dire que c’est le gouvernement qui va financer les fouilles et les exhumations pour retrouver les corps des républicains tués pendant la Guerre civile de 1936 à 1939 puis sous la dictature dans des fosses communes. Jusque là c’étaient les familles qui faisaient ça toutes seules.

Or, 114 000 personnes n’ont toujours pas été retrouvées ou identifiées. On l’oublie, mais comme Pedro Sanchez l’a dit cet été, l’Espagne est « le pays au monde qui compte le plus de disparus« , juste après le Cambodge, dont la population a été décimée par les Khmers rouges dans les années 1970. Une banque ADN va être créée pour faciliter les identifications, il y aura aussi une carte pour répertorier des fosses communes du pays. Ça non plus, ça n’avait jamais été fait.

L’autre grand sujet, c’est celui des « bébés volés », arrachés à leur famille souvent juste après l’accouchement – comme le faisait aussi la dictature de Pinochet au Chili. Pour la mère, c’était anesthésie générale obligatoire. À son réveil, on lui annonçait que son bébé était mort, l’Église allait parfois jusqu’à simuler l’enterrement avec un cercueil vide. En réalité, l’enfant avait été acheté par un couple proche du régime de Franco.

Pour la première fois ces bébés volés, qui ont aujourd’hui 50, 60 ou 70 ans, vont être reconnus comme des victimes. Un parquet spécifique sera d’ailleurs dédié aux enquêtes sur les crimes du franquisme. Ça paraît fou mais jusqu’ici aucune poursuite n’a eu lieu. La plupart des plaintes étaient rejetées dès la première instance par les tribunaux. Même la Cour suprême en 2012 s’était définitivement prononcée contre ce type de procès. En 2018, un ancien obstétricien, Eduardo Vela, a été reconnu coupable d’avoir soustrait une petite fille à sa mère et d’avoir falsifié son acte de naissance. Il n’a pas été condamné en raison de la prescription des faits.

Et pourtant cette réparation – qui semble nécessaire – divise encore la classe politique, parce que les blessures ne sont pas encore refermées. Il y a toujours une forme de nostalgie du franquisme dans une partie de la société

Il suffit de voir l’émoi qu’a créé il y a trois ans le transfert de la dépouille de Franco, sorti de son mausolée monumental près de Madrid pour un cimetière plus discret. La droite a d’ailleurs promis, si elle revient au pouvoir à la faveur des élections l’an prochain, d’abroger la loi adoptée mercredi 5 octobre sur la Mémoire historique.

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