Guerre d’Espagne : dans les pas de George Orwell en Aragon

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En Aragon, le général Cabanellas déclare l’état de guerre le 19 juillet 1936, donnant aux militaires les pleins pouvoirs. À Barcelone, les organisations ouvrières et les partis de gauche prennent les armes, recrutent des volontaires pour aller « récupérer » ces provinces tombées aux mains des putschistes. L’Aragon, porte de la Navarre et des provinces du Nord, est un enjeu stratégique.

George Orwell sur le front d’Aragon

Dans une ambiance de fête révolutionnaire, les colonnes républicaines, hommes et quelques femmes en bleu de travail, partent dès le 23 juillet et stoppent l’avance nationaliste à la fin du même mois. Le front s’étire du nord au sud de l’Aragon, de Panticosa à Teruel, via la Sierra de Gratal, la Hoya de Huesca et la Sierra de Alcubierre.

Sierra de Alcubierre. La route Orwell mène au mont Irazo.
Sierra de Alcubierre. La route Orwell mène au mont Irazo.

Julie Daurel

On y découvre plusieurs postes de tir à l’abri de sacs de sable empilés. Ici un poste de tir simple.
On y découvre plusieurs postes de tir à l’abri de sacs de sable empilés. Ici un poste de tir simple.

Julie Daurel

L’écrivain anglais a débarqué à Barcelone le 26 décembre 1936, en quête d’articles pour la presse britannique.
L’écrivain anglais a débarqué à Barcelone le 26 décembre 1936, en quête d’articles pour la presse britannique.

Sur ces deux derniers théâtres d’opérations, un volontaire nommé Eric Arthur Blair et plus connu sous son nom de plume : George Orwell. L’écrivain anglais a en effet débarqué à Barcelone le 26 décembre 1936, en quête d’articles pour la presse britannique. Mais, idéaliste et bagarreur, formé au maniement des armes (il a servi dans la police coloniale de l’empire), il s’est rapproché du Poum (Parti ouvrier d’unification marxiste) « parce que c’était la seule chose à faire » et a été envoyé sur le front d’Aragon.

Il raconte le quotidien des « vivacs », ces campements avec tranchées, dortoir, cuisine et dépôt de munitions, car le front d’Aragon bouge peu

Dans son livre « Hommage à la Catalogne », l’un des textes les plus importants sur la guerre d’Espagne, Orwell raconte ses camarades : souvent des adolescents en haillons à qui l’on donne des fusils antiques (lui-même hérite d’un Mauser de 1896) dont ils ne savent pas se servir. Mais aussi des hommes pleins d’espoir, des hommes « qui essayaient de se comporter en êtres humains, et non en rouages de la machine capitaliste ».

Il raconte le quotidien des « vivacs », ces campements avec tranchées, dortoir, cuisine et dépôt de munitions, car le front d’Aragon bouge peu. Il raconte la boue, les rats, le froid qui le fait trembler « comme de la jelly », les poux, la puanteur du camp, où les gars se soulagent partout, et la nuit où tout le monde redoute le pire.

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Le bivouac des Franquistes

La Route Orwell nous fait découvrir, restitué avec précision, le « vivac » (bivouac) qu’occupèrent les troupes nationalistes entre Leciñena et Alcubierre d’octobre 1936 à mars 1938. Si la route de Saragosse, surveillée et régulièrement pilonnée, était impraticable, tout un réseau de pistes et de chemins permettait à l’arrière d’approvisionner les belligérants en munitions, linge lavé et reprisé.

Grâce au travail des femmes, rapidement retirées du front, y compris républicain, au profit de ces missions d’intendance. Pour ce qui est des victuailles, conserves, patates, légumes secs, lard ou morue séchée constituaient l’ordinaire, avec une pincée de sel, du café et du chocolat au petit déjeuner. L’eau, à la propreté douteuse, provenait d’une citerne enterrée.

La Route Orwell fait découvrir, restitué avec précision, le « vivac » (bivouac) qu’occupèrent les troupes nationalistes entre Leciñena
et Alcubierre d’octobre 1936 à mars 1938.
La Route Orwell fait découvrir, restitué avec précision, le « vivac » (bivouac) qu’occupèrent les troupes nationalistes entre Leciñena
et Alcubierre d’octobre 1936 à mars 1938.

Julie Daurel

Un dortoir des Franquistes.
Un dortoir des Franquistes.

Julie Daurel

De l’autre côté de la ligne de front, la Route Orwell mène au mont Irazo, où l’écrivain fut basé en janvier-février 1937. On découvre plusieurs postes de tir à l’abri de sacs de sable empilés et le réseau de tranchées de 0,70 à 1,70 m de profondeur qui les reliait entre eux. Orwell est ensuite envoyé en renfort à l’est de Huesca, près de Monflorite et du château de Montearagón. Gravement blessé au cou, il quittera définitivement l’Espagne le 23 juin 1937. Son livre sort l’année suivante.

Belchite, théâtre d’une terrible bataille

Si Huesca et la Sierra de Alcubierre connurent des combats intenses, plus au sud, sur l’autre rive de l’Èbre, la Route Huellas de la Guerra civil (Blessures de la guerre d’Espagne) donne à voir Belchite, qui fut le théâtre d’une terrible bataille. Tout commence avec l’offensive républicaine du 24 août 1937. Officiellement pour reprendre Saragosse. Officieusement pour faire diversion, car la chute de Santander est imminente et les républicains souffrent sur le front du Nord.

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À Belchite, la 15e brigade internationale (ou brigade Abraham-Lincoln) se casse les dents sur les quelques milliers de combattants nationalistes qui y sont retranchés. Après avoir encerclé la ville, elle donne l’assaut. Les volontaires (beaucoup d’Anglais, d’Américains et de Canadiens) se battent pied à pied jusqu’à la victoire du 6 septembre.

Les restes baroques du couvent des Augustins, devenu une église mexicaine par la magie de Marvel.
Les restes baroques du couvent des Augustins, devenu une église mexicaine par la magie de Marvel.

Julie Daurel

Un combat « maison par maison, pièce par pièce », écrira Hemingway, qui découvrira, parmi les premiers correspondants de guerre, le « collage surréaliste » des cadavres, des bêtes crevées parmi le champ de ruines, de cuisines éventrées où casseroles et chromos sont restés accrochés au mur.

Quelques mois plus tard, le 10 mars 1938, les troupes franquistes, ragaillardies et en route pour prendre Barcelone, vont balayer les républicains. Belchite va progressivement se vider au profit de la ville nouvelle qui sera achevée en 1954.

Les ruines du vieux Belchite ont été préservées en mémoire des victimes, et pour servir la propagande franquiste.

Cinquante ans après la fin de la guerre, en 1988, c’est une autre troupe britannique, celle de Terry Gilliam, qui prend d’assaut le vieux Belchite, dont les ruines ont été préservées en mémoire des victimes – et pour servir la propagande franquiste. Le Monty Python y tourne une partie des « Aventures du baron de Münchhausen ».

Après cela, Belchite servira de décor à une dizaine de films et à de nombreux courts-métrages. En 2005, on voit le village dans les premières scènes du « Labyrinthe de Pan », de Guillermo del Toro (2005). En 2019, Spider-Man y mène quelques-uns des grands combats de « No Way Home » : encore une histoire d’humanité à sauver…

Le portail baroque, surmonté d’une chapelle, qui donne accès à la ville martyre.
Le portail baroque, surmonté d’une chapelle, qui donne accès à la ville martyre.

Julie Daurel

Dans la ville martyre de Belchite. La Calle Mayor, sur laquelle donnaient maisons et commerces. Les impacts des balles sont restés intacts sur les façades en ruines.
Dans la ville martyre de Belchite. La Calle Mayor, sur laquelle donnaient maisons et commerces. Les impacts des balles sont restés intacts sur les façades en ruines.

Julie Daurel

Dans l’église Saint-Martin, les grandes coupoles décapitées ouvrent directement sur le ciel. C’est si spectaculaire qu’on comprend que Terry Gilliam y ait fait s’envoler une montgolfière.
Dans l’église Saint-Martin, les grandes coupoles décapitées ouvrent directement sur le ciel. C’est si spectaculaire qu’on comprend que Terry Gilliam y ait fait s’envoler une montgolfière.

Julie Daurel

Pourtant, une fois passé le portail baroque, surmonté d’une chapelle, qui donne accès à la ville martyre, on voit bien que les dégâts des balles et des bombes sur ses édifices ne sont pas du cinéma. La Calle Mayor, sur laquelle donnaient maisons et commerces, mène à l’église Saint-Martin-de-Tours, dont la tour mudéjare a été miraculeusement préservée.

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Sur la Plaza Vieja, où furent incinérées les victimes des deux camps, une grande croix de fer forgé fut dressée par les prisonniers républicains, à qui l’on fit aussi construire la ville nouvelle. La tour de l’Horloge est tout ce qui subsiste de l’église Saint-Jean. Elle avait été désacralisée et servait de théâtre, de salle de bal et de café. Dans l’église San Martín, les grandes coupoles décapitées ouvrent directement sur le ciel. C’est si spectaculaire qu’on comprend que Terry Gilliam y ait fait s’envoler une montgolfière. Au loin, enfin, les restes baroques du couvent des Augustins, qui était devenu une église mexicaine par la magie de Marvel.

Fuite de 5000 civils vers la France

Peu après la seconde bataille de Belchite, le front d’Aragon s’effilocha et l’armée républicaine tomba aux mains de Franco, à l’exception de poches de résistance comme celle de Bielsa, d’où Antonio Beltrán organisa la fuite de quelque 5 000 civils vers la France. Avec l’armée et le clergé, Franco instaura peu après une dictature qui dura près de quarante ans. Dans cette « Nouvelle Espagne », divisée entre vainqueurs et vaincus, les républicains étaient exclus, sans perspectives de réconciliation. Pour eux, l’heure de l’exil avait sonné…

Pour comprendre la chronologie et les enjeux du conflit, une visite au centre d’interprétation de la Guerre civile, à Robres, n’est pas de trop. Nos autres adresses ci-dessous.
Pour comprendre la chronologie et les enjeux du conflit, une visite au centre d’interprétation de la Guerre civile, à Robres, n’est pas de trop. Nos autres adresses ci-dessous.

Photo Julie Daurel

CARNET D’ADRESSES

À voir, à faire

Centre d’interprétation de la Guerre civile en Aragon. Pour comprendre la chronologie et les enjeux du conflit. De 11 à 14 heures et de 16 h 30 à 18 h 30 le samedi, de 11 h à 14 h le dimanche. Entrée : 2 €. Plaza Zaragoza s/n, à Robres.
Tél. +34 974 570 090. www.turismomonegros.com.

Ruta Orwell. Accès libre aux tranchées. Au kilomètre 34,6 de la route A-129, entre Leciñena et Alcubierre, un sentier mène à la position du mont Irazo, qu’Orwell décrit dans « Hommage à la Catalogne ». Au kilomètre 33,5 de la route A-129, accès à la « zona de vivac », camp des troupes franquistes (tranchées, poste de commandement, dortoir, cuisine). Visites guidées via le Centre d’interprétation. Réservation : +34 974 570 090, +34 974 392 233 et turismo@monegros.net. Parcours complet sur www.losmonegros.com/sitios/guerracivil/robres-horario-c-i-guerra-civil.html et avec la brochure « Vestigios de la Guerra civil en Los Monegros ».

Vieux Belchite. Il se visite avec la Fondation Pueblo Viejo de Belchite. Tarif : 8 €. Renseignements et réservations : Oficina de Turismo de Belchite, Calle Becu. Tél. +34 976 830 771 ; turismo@belchite.es, www.belchite.es.

Autour de Belchite. La Route Huellas de la Guerra civil fait découvrir tranchées, fosses de tir, casernes et aérodrome des camps républicain ou nationaliste. www.descubrecampo debelchite.com.

À LIRE

« Memoria de la Contienda (Huellas de la Guerra civil en la comarca de Belchite) ».

OÙ MANGER ?

Asador La Plana. Dans la campagne de Robres, grillades rustiques dans cette cantine marrante, avec sa collection de vieilles motos et son culte à l’Ouest américain, qui va bien avec le décor aride des Monegros. Au km 23 sur la route d’Alcubierre, à Robres. Tél. +34 646 472 546.

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Julie Daurel

Bar Ernesto. Au cœur du nouveau Belchite, une grande terrasse, un large choix de tapas qui font envie et des prix rikiki : le jeudi soir, c’est vino ou caña (demi) + tapa à 2 €. Calle San Ramón, 6, à Belchite. Tél. +34 661 030 095

OÙ DORMIR ?

Bodega Tierra de Cubas. Dans l’appellation Cariñena, à trente minutes de Belchite, une cave aux vins rouges d’un rapport qualité-prix épatant, surmontée d’un petit hôtel de charme, aux cinq suites spacieuses face à la Sierra de Algairén. De 90 à 100 €, avec une bouteille de cava maison, une visite guidée de la bodega et un petit déjeuner – buffet méditerranéen. Carretera A-220, km 24, à Cariñena. Tél. +34 976 620 454. www.tierradecubas.es.

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