Informations socialisme: Une nouvelle « vague rose » en Amérique latine ? – Point de vue international

Il y a eu une assez longue période d’« âge d’or » de ces gouvernements progressistes, avec des avancées sociales facilitées par un contexte économique très favorable, qui a permis d’avoir des politiques de redistribution des rentes extractives (minéraux, pétroliers, agroalimentaires) sans remettre en cause radicalement le pouvoir des classes dominantes.

Nous sommes alors entrés dans une période très dure marquée par des coups d’État et des coups d’État institutionnels ou encore par le retour de la droite par les élections, et une montée brutale des forces réactionnaires et conservatrices. Elle a également sanctionné les limites stratégiques de la poussée progressiste, des « réformes par le haut », dans un contexte accéléré par l’effondrement du processus bolivarien du fait de sanctions extérieures mais aussi pour des raisons internes (« Bolibourgeoisie », corruption, économie rentière, etc. ).

Depuis 2018, on assiste au retour de ce que certains appellent un moment de « progressisme tardif » avec l’élection de Lopez Obrador au Mexique et, dans la foulée, le retour au pouvoir du péronisme de gauche en Argentine. incarnée par Cristina Kirchner. En Bolivie, on a vu le retour au pouvoir du MAS (Mouvement vers le socialisme) en 2020 avec de nouvelles figures et une nette victoire électorale face aux réactionnaires. On peut aussi citer le Honduras et l’élection surprise de Pedro Castillo au Pérou. Cette dynamique a été renforcée par l’élection importante de Gustavo Petro, plutôt de centre-gauche, et de sa colistière Francia Marquez, très engagée notamment dans la lutte de la communauté afro-colombienne dont elle est issue, dans un pays dominé par l’une des oligarchies les plus violentes du continent. L’avenir de ce « progressisme tardif » se joue aussi évidemment dans les élections au Brésil en octobre, où Lula est en position favorable après le premier tour, mais aussi où le bolsonarisme semble bien implanté dans de larges secteurs de la société et dans les structures de l’État.

Il est à noter que cette nouvelle période se déroule dans un contexte très dégradé, marqué par la pandémie, une inflation élevée, l’impact du changement climatique dans les Amériques et une profonde crise économique (avec des cas « extrêmes » comme en Haïti et au Venezuela ). Elle se caractérise également par la recrudescence des mouvements populaires : en 2019, il y a eu de grandes mobilisations et soulèvements au Chili, en Colombie, en Haïti et en Équateur, des mobilisations aux multiples facteurs, souvent interclassistes, très puissantes et radicales, où mouvements féministes, mouvements indigènes et radicalisés les jeunes ont occupé une place importante. Cette jeunesse est aux antipodes de tout un pan du système politique, des partis, qu’ils soient de droite ou de gauche, comme en témoigne un taux d’abstention record de plus de 50 % dans plusieurs pays. Ces ruptures « par le bas » ont pourtant du mal à émerger politiquement, en l’absence de grandes organisations anticapitalistes capables de les alimenter et d’offrir des débouchés (comme vient de le rappeler l’expérience chilienne).

C’est un contexte de turbulences, où la droite et l’extrême droite sont à l’offensive, souvent alliées au courant conservateur des Églises évangéliques, aux grands propriétaires terriens et aux grandes entreprises, avec l’appui d’un champ médiatique totalement sous les ordres de Capitale. La réaction de l’État, la répression et l’arbitraire peuvent également s’incarner dans sui generis formes, comme c’est le cas au Nicaragua avec le clan Ortega .

En toile de fond se joue également un affrontement inter-impérialiste, qui prend de l’ampleur, entre les États-Unis, qui restent le « maître » sur le plan géopolitique et militaire, et la Chine, dont la présence économique est en pleine expansion.

Traduit par International Viewpoint de L’Anticapitaliste – revue n°139, octobre 2022.

Le texte est basé sur une interview vidéo réalisée à l’Université d’été NPA et disponible en intégralité sur la chaîne Youtube de L’Anticapitaliste.

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