Iran: Quelles sont les alternatives à la dictature religieuse?

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Des soldats participent à un exercice militaire dans la région d’Aras, au nord-ouest de l’Iran.

© Agence France-Presse Des soldats participent à un exercice militaire dans la région d’Aras, au nord-ouest de l’Iran.

La révolte en Iran, qui fait les manchettes depuis plus de 40 jours, est-elle devenue une véritable révolution ? Sûrement pas encore. Mais ce soulèvement populaire serait en train de poser les jalons d’un éventuel changement de régime au pays des mollahs — là où la violence et la répression, si intrinsèquement liées à la survie de la République islamique, ne semblent plus suffire pour mater l’insatisfaction de la population. Mais dans ce pays où toute force d’opposition a été anéantie depuis 43 ans, quelles sont les solutions de rechange possibles à la dictature religieuse ?

Actuellement, aucune figure dirigeante ne semble émerger du mouvement populaire qui déstabilise la République islamique depuis la mort de la jeune Mahsa Amini, arrêtée le 13 septembre dernier à Téhéran par la police de la moralité parce qu’elle ne portait pas adéquatement son hidjab. Une absence de leadership qui peut sembler étonnante, alors que les appels à manifester se multiplient, que de nouveaux corps de métier comme les médecins et les dentistes se seraient joints au mouvement de protestation et que la révolte se prolonge dans le temps.

Mais là où certains analystes voient une faiblesse, Houchang Hassan-Yari, professeur de politique comparée et de relations internationales au Collège militaire royal du Canada et spécialiste de l’Iran, dénote un avantage indéniable. « Si un individu était connu comme le dirigeant de ce mouvement, le régime l’éliminerait immédiatement », observe-t-il.

Le fils du shah

Parmi ceux qui militent pour le renversement de la République islamique — tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur —, un consensus semble se dégager autour de la nécessité de voir émerger un régime séculier et démocratique.

Mais pour trouver une solution de remplacement crédible à la théocratie en place, il faut tourner le regard vers l’étranger, et plus particulièrement vers les États-Unis, où réside le fils aîné du dernier shah d’Iran. Actuellement, le courant majoritaire dans les rues iraniennes serait en faveur de l’avènement d’une monarchie constitutionnelle, avec à sa tête Reza Pahlavi, l’héritier du trône impérial d’Iran, exilé depuis 1979.

« Parmi les prétendants, c’est lui qui jouit de la plus grande autorité morale et de la plus grande légitimité », croit Houchang Hassan-Yari, lui-même iranien. L’héritage politique du père et du grand-père de Reza Pahlavi (les deux shahs d’Iran) se serait transformé au fil des ans en atout, détaille le professeur. « La population est arrivée à ce stade de conscience collective et de compréhension de ce que les shahs ont fait pour sortir l’Iran d’un état de sous-développement extrêmement avancé [à leur arrivée au pouvoir en 1925] à un pays très respectable dans les années 1970, avant la révolution », analyse-t-il. L’État impérial d’Iran a toutefois lui aussi été accusé d’avoir commis des exactions et d’avoir pratiqué la torture pour faire taire la dissidence politique.

Le discours de Reza Pahlavi, qui répète que c’est aux Iraniens de décider eux-mêmes du système politique qu’ils souhaitent voir naître, récolte aussi des appuis, poursuit le professeur de science politique. Dans une allocution prononcée la semaine dernière à Washington, le fils du dernier shah d’Iran a d’ailleurs déclaré que « toutes les théories politiques démocratiques et les formes de gouvernement, pour moi, sont honorables », avant d’ajouter : « Ce qui m’importe, c’est la victoire de la souveraineté populaire. »

Dans l’éventualité d’un renversement de la République islamique, Reza Pahlavi propose de tenir un référendum pour que les Iraniens puissent choisir eux-mêmes la forme que prendrait un nouveau gouvernement « démocratique et séculier » qui respecterait les droits et libertés des Iraniens.

République laïque

Parallèlement à cette faction impériale, une autre force en présence est le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), exilé à Paris, qui milite pour l’avènement d’une république laïque en Iran. Avec à sa tête Maryam Radjavi, cette coalition « de forces politiques démocratiques contre le régime des mollahs », qui s’est formée en 1981, est composée de 500 membres et « agit comme un parlement en exil », explique Afchine Alavi, membre de la commission des affaires étrangères du CNRI.

L’organisation a déposé un plan en 10 points pour « l’Iran de demain ». Les libertés d’expression et de presse, l’égalité des femmes et des hommes et la séparation de la religion et de l’État seraient notamment au coeur de ce nouveau régime, qui reconnaîtrait l’autonomie du Kurdistan iranien.

À l’intérieur de l’Iran, le CNRI s’appuie sur le réseau de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien, qui pose des gestes pour dénoncer et déstabiliser le régime. Afchine Alavi n’a pas voulu dévoiler au Devoir le nombre de personnes qui sont membres de ce réseau, mais il affirme que les unités de résistance des moudjahidines du peuple ont quintuplé en un an. « Il y a un développement rapide, malgré le fait que le régime des mollahs arrête beaucoup de gens », dit-il.

Le CNRI a envoyé au Devoir des enregistrements audio et vidéo provenant de militants des moudjahidines du peuple qui sont sur le terrain, mais dont l’authenticité n’a pu être confirmée par Le Devoir. Dans une captation audio, Noora, âgée de 18 ans et originaire de la ville de Kerman, dans le sud-est du pays, affirme avoir déchiré, avec des collègues de classe, des photos de Khamenei de ses manuels scolaires pour les brûler.

« Personne ne croyait que les manifestations dureraient plus d’un mois, mais elles continuent. […] Les femmes devraient pouvoir choisir de porter ou non le hidjab », dit-elle, avant de préciser qu’elle ne souhaite pas le retour de la monarchie en Iran.

Dans une vidéo, un jeune homme prénommé Ali et originaire de Kazerun, dans le sud-ouest du pays, dit voir la peur dans les yeux de ses proches, et particulièrement dans ceux de sa mère, chaque fois qu’il participe à une manifestation. « Je leur dis que nous devons nous tenir debout face aux oppresseurs, affirme-t-il. Si nous ne le faisons pas, qui le fera ? » Le jeune homme ajoute aussi : « Je leur dis que la vie est très belle, mais pas une vie d’humiliations. Il vaut mieux mourir debout que de vivre cette vie-là. »

Chute

Selon le professeur Hassan-Yari, le CNRI — pourtant bien organisé et qui récolte des appuis à l’étranger — ne serait pas très populaire dans les rues d’Iran. De nombreux Iraniens auraient toujours du mal à pardonner aux moudjahidines — qui ont déjà figuré sur la liste des organisations terroristes aux États-Unis et en Europe — de s’être rangés du côté de l’Irak lors de la guerre Iran-Irak dans les années 1980. « C’est impardonnable pour un groupe iranien d’avoir collaboré avec un ennemi qui a envahi le pays », estime M. Hassan-Yari.

Mais peu importe s’ils sont favorables au retour de la monarchie ou à l’avènement d’une république, les deux courants s’entendent pour dire que, tôt ou tard, le régime des mollahs tombera. « Il n’y a aucune dictature qui est éternelle, pointe Afchine Alavi. Et ce n’est plus comme par le passé, les gens n’ont plus peur de la répression du régime. »

Une lecture que partage Houchang Hassan-Yari. « Avant, c’était la peur qui l’emportait toujours. Maintenant, quand une femme se met devant un groupe d’officiers armés et lance des slogans demandant la destruction de la République islamique, ça veut dire que la peur qui servait la République islamique n’existe plus », analyse-t-il.

La mort de Mahsa Amini pourrait donc bien être l’étincelle de trop qui embrasera le régime de l’ayatollah Khamenei. Mais reste à savoir si les mollahs déchaîneront avec plus de violence encore leurs forces répressives, qui auraient déjà fait plus de 200 morts au sein de ce mouvement de révolte qui ne semble pas vouloir s’essouffler.

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