Italie, Argentine, Russie… Avant le Qatar, trois Coupes du monde polémiques

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Italie fasciste des années 1930, dictature argentine du général Videla en 1978, Russie de Poutine… Si le Mondial au Qatar fait polémique, la Fifa n’en n’est pas son premier Mondial organisé par des régimes peu soucieux des principes démocratiques.

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Soupçons de corruption, morts de travailleurs migrants sur ses chantiers, bilan écologique contestable, édition hivernale… La Coupe du monde au Qatar, qui a lieu du 20 novembre au 18 décembre, est sans conteste le Mondial de football le plus polémique de l’Histoire. 

Lancé en novembre 2019, le compte Twitter  FC Geopolitics avait une ambition : parler de ballon rond par le biais de la politique internationale. Et inversement. Un an après la publication de « Football Club Geopolitics : 22 histoires insolites pour comprendre le monde »– livre sorti à l’occasion de l’Euro-2021, Kevin Veyssiere, l’auteur du compte, revient avec 22 nouvelles histoires centrées sur la riche histoire de la plus prestigieuse des compétitions de football.  

Pour France 24, il revient sur trois éditions polémiques, rappelant que la Fifa n’en est pas à son coup d’essai. 

Italie 1934 : le fascisme triomphe

Contexte : « C’est la deuxième Coupe du monde de l’histoire, quatre ans après la première édition en Uruguay. Au vu du succès, plusieurs pays européens se mettent sur les rangs pour l’organiser, notamment l’Italie de Benito Mussolini. Le parti fasciste y voit un moyen de promouvoir son régime et l’Italie à l’international. De grands moyens sont mis en œuvre pour l’organisation : ce sera le premier Mondial radiodiffusé, beaucoup de journalistes sont accrédités, des stades sont construits et l’Italie met l’accent sur l’accueil des supporters… De son côté, la Fifa voit cet investissement italien comme une aubaine car elle cherche alors à asseoir sa compétition dans le calendrier international. L’institution ferme les yeux sur l’instrumentalisation politique de la Coupe du monde par le fascisme. »

Un boycott ? « À cette époque, l’Europe s’accommode plutôt des régimes d’extrême droite. Le parti fasciste est au pouvoir depuis les années 1920, Hitler vient de prendre le pouvoir en Allemagne. Il n’y a pas de contestation qui émerge. » 

La compétition : « La compétition se déroule très bien pour l’Italie. Après un premier match facile contre les États-Unis, ils affrontent l’Espagne en quarts de finale. C’est à partir de là qu’on commence à voir la main de Mussolini et du parti fasciste. Le match est une véritable boucherie avec beaucoup de blessés des deux côtés et se termine sur un match nul. À l’époque, pas de prolongations ou de séances de tirs au but, le match est donc rejoué le lendemain et l’Italie l’emporte grâce à un arbitrage plus que laxiste en sa faveur. 

En demi-finale, l’Italie affronte l’Autriche. Le sélectionneur de cette dernière sait qu’il ne joue pas à armes égales. Lorsqu’un journaliste lui demande « quel joueur italien il redoute le plus », il répond « l’arbitre ». L’histoire lui donne raison car l’arbitre aide bien les Italiens à remporter le match. Le même arbitre sera reconduit pour la finale et aura le droit à une visite du Duce avant la finale.  

Face à la Tchécoslovaquie, l’Italie l’emporte, malgré des dénonciations de match arrangé. L’arbitre sera même suspendu par la suite. Qu’importe, l’Italie est championne du monde. »

Le bilan : « Cette Coupe du monde 1934 est la compétition de Mussolini. Il y est omniprésent, rejetant dans l’ombre le président de la Fifa, Jules Rimet. C’est le dirigeant italien qui remet la Coupe, qui n’est pas le trophée habituel mais une « Coppa del Duce ». Elle nécessite pas moins de six joueurs pour la porter. Pour l’Italie fasciste, cette compétition est une consécration sur tous les plans. »

Argentine 1978 : meurtres d’opposants contre matches arrangés

Contexte : « En 1976, une dictature militaire s’installe en Argentine sous le commandement du général Videla. Il veut légitimer son pouvoir et va se servir de la Coupe du monde, dont l’édition 1978 a été attribuée à l’Argentine en 1966. Il veut la remodeler à son image, faisant taire toutes contestations possibles.  

Il sait que le football est central dans le pays. L’Argentine est performante depuis des années. Elle a gagné plusieurs Copa America mais pas de Coupe du monde. Le pays reste marqué par la défaite en finale face au voisin uruguayen lors de la première édition mais aussi par le « drame de Malmö » de 1958, quand le pays se fait humilier dès le premier tour de la Coupe du monde. Videla met la pression pour une victoire de l’Albiceleste. » 

Un boycott ? « Contrairement à 1934, un premier mouvement de contestation émerge notamment des pays européens. Cependant, ce boycott ne va pas prendre. À l’époque, le mot d’ordre est de dissocier sport et politique. Le mouvement français de boycott est si désespéré de ne pas trouver d’écho qu’il organise une action coup de poing : une tentative d’enlèvement rocambolesque du sélectionneur de l’époque, Michel Hidalgo, à quelques jours du départ pour l’Argentine. Dominique Rocheteau, l’Ange vert, se posera la question de dénoncer les exactions de la dictature mais y renoncera.  

On a également longtemps pensé que la star hollandaise Jordan Cruyff avait boycotté le Mondial mais en réalité, il souhaitait simplement rester en Europe. Il ne voulait pas laisser sa famille, victime d’une tentative d’enlèvement. »

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La compétition : « Ce Mondial a un format un peu exceptionnel. Après une première phase de poules, deux autres groupes de quatre équipes sont formées. Les premiers de ces deux groupes se qualifient pour la finale. Le Brésil pense valider son ticket car l’Argentine doit remporter son dernier match face au Pérou par plus de quatre buts d’écart pour les dépasser au classement. Elle gagne finalement 6 à 0. Il y a des forts soupçons l’achat de ce match et sur un accord entre les deux gouvernements sur l’élimination d’opposants péruviens par l’Argentine. 

En finale, l’Argentine gagne son tournoi face aux Pays-Bas malgré des soupçons sur l’arbitrage. Cette victoire rentre dans l’histoire du football argentin. »

Le bilan : « Cette Coupe du monde est un succès pour Videla. Outre la victoire sportive, les exactions de son régime n’ont jamais été mises en lumière et la communauté internationale a accepté la place de l’Argentine. Cependant, il ne capitalisera pas dessus. Le projet expansionniste de Videla, notamment dans le Sud, et l’échec de la guerre des Malouines va précipiter la chute du régime. » 

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Russie 2018 : l’apogée du soft-power sportif de Poutine

Contexte : « La Russie reçoit l’organisation de la Coupe du monde en 2010 en même temps que le Qatar se voit attribuer celle de 2022. C’est une décennie importante pour la politique sportive de la Russie. Elle organise également les JO de Sotchi. Ces derniers ne sont pas tant un succès que ça pour Poutine et les Russes. D’abord, le choix de la station balnéaire de Sotchi est critiqué. Ensuite, ces Jeux sont entièrement tournés à la gloire de la Russie et de Vladimir Poutine avec une instrumentalisation marquée des Jeux. De plus, l’annexion de la Crimée empêche les Russes de capitaliser sur l’événement.

Pour le Mondial-2018, Vladimir Poutine et la Russie décident de changer de méthode. Il veut en faire un anti-Sotchi. Plutôt qu’une glorification du régime, il veut en faire une démonstration de l’ouverture de la Russie sur le monde et des beautés des territoires russes. Il met en place des visas combinant Mondial et tourisme, il fait construire des stades modernes. »

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Un boycott ? « Il y a des critiques sur le respect des droits de l’Homme en Russie. L’opposition est muselée à l’approche de la compétition mais aucune contestation n’émerge avant le Mondial. Seul le Royaume-Uni fait un boycott diplomatique lié à l’assassinat de l’ex-espion russe Sergueï Skripal sur le territoire britannique. Mais le boycott n’est pas total puisque la sélection anglaise est elle bien présente. » 

La compétition : « Le match d’ouverture Russie–Arabie saoudite est un triomphe. Alors que la Russie apparait comme une sélection faible avant la compétition, elle inflige une correction à l’Arabie saoudite (5-0). Elle va surperformer, écartant en huitième de finale le favori espagnol, avant de s’incliner aux tirs au but face à la Croatie, future finaliste.   

Le bilan : « Pour Poutine, la compétition est un succès. Les supporters ayant fait le déplacement gardent une image positive de la Russie. Le Mondial-2018 représente l’apogée de la stratégie de soft-power par le sport organisé dans le système de la « sportokatura » décrit par le chercheur Lukas Aubin. Cependant, encore une fois, le pays ne va pas capitaliser dessus : avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, la Russie devient un paria du sport international. Une des premières sanctions symboliques et le retrait de la finale de la Ligue des champions, déplacée de Saint-Pétersbourg à Paris. » 

La Coupe du monde au Qatar au-delà du football :

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