La dictature des statistiques

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Le 20e Congrès du Parti communiste chinois, qui doit reconduire le président Xi Jinping pour un troisième mandat, s’est ouvert le 16 octobre. Mais les nouveaux chiffres sur le PIB du pays se font toujours attendre.

© Agence France-Presse Le 20e Congrès du Parti communiste chinois, qui doit reconduire le président Xi Jinping pour un troisième mandat, s’est ouvert le 16 octobre. Mais les nouveaux chiffres sur le PIB du pays se font toujours attendre.

Lorsque les données statistiques sont autant des outils de mesure que des moyens de se faire valoir, et que, de plus, on n’a pas le droit de les contredire, il n’est pas étonnant de se retrouver avec des miroirs déformants.

Les nouveaux chiffres sur le produit intérieur brut (PIB) de la Chine devaient révéler une performance économique « exceptionnelle », avait affirmé la veille un porte-parole d’une agence gouvernementale chinoise, confirmant un « rebond significatif au troisième trimestre ». Mais voilà, lundi, le Bureau national des statistiques a indiqué que la publication de ces nouvelles données avait été reportée, sans préciser à quand ni pourquoi.

Ce n’était probablement pas un hasard si cette annonce, tout aussi inhabituelle qu’inattendue, a coïncidé avec le lancement du 20e Congrès du Parti communiste chinois qui devait, pour la première fois depuis la mort du Grand Timonier, Mao Zedong, reconduire le président Xi Jinping pour un troisième mandat. Elle arrivait alors que l’état de santé de la deuxième économie mondiale est particulièrement préoccupant, avait rappelé, la semaine dernière, Les Échos.

La consommation de ses ménages, ses investissements et ses exportations ont été durement affectés par la politique « zéro COVID » du gouvernement et l’effondrement de son secteur immobilier qui compte, au total, pour environ 30 % du PIB.

Le pays doit aussi composer avec la baisse de ses exportations qui découlera de l’inflation et du ralentissement économique mondial ainsi qu’avec la guerre technologique que lui font les États-Unis qui essaient de freiner son rattrapage en matière de semi-conducteurs de pointe. En plus de ces problèmes conjoncturels, la Chine doit également relever de nombreux défis structurels, comme le vieillissement de la population, la baisse de la productivité, l’endettement galopant et les inégalités de richesses record.

On voit mal, dans ce contexte, comment l’objectif du gouvernement d’une croissance de 5,5 % cette année pourrait encore être atteint, n’ayant pas fait mieux que 2,5 % pendant la première moitié de l’année. Selon le FMI, on devra plutôt se contenter de 3,2 % cette année et de 4,4 % l’an prochain et accepter, pour la première fois en 30 ans, une performance inférieure au reste de l’Asie.

Mais bon. Il faudra apparemment attendre pour voir les plus récents chiffres sur le PIB chinois. Pékin avait aussi remis le dévoilement des dernières statistiques sur les exportations quelques jours auparavant.

Miroir, miroir

Il est difficile de savoir pourquoi, ont observé les experts cités mardi par le Wall Street Journal. Les nouveaux chiffres pourraient difficilement être pires que les derniers. Peut-être a-t-on seulement voulu éviter à tout prix de détourner l’attention du Congrès du Parti et de sa fête en l’honneur du président Xi.

On ne manque pas cependant de faire remarquer que cela se produit alors que les pouvoirs publics et firmes privées de recherche économique en Chine réduisent de plus en plus l’accès à leurs données et que de plus en plus d’analystes sont également forcés de corriger ou d’effacer leurs prises de position si elles n’apparaissent pas assez favorables.

Cela fait longtemps que les économistes se plaignent de la difficulté d’avoir un portrait juste de la situation en Chine. On a appris à se méfier de certaines statistiques officielles qui correspondent un peu trop parfaitement aux objectifs du Parti ou qui dépeignent parfois un monde trop beau pour être vrai. Il ne faut pas toujours y voir une manipulation des dirigeants du régime, mais parfois le désir des autorités locales de mieux paraître aux yeux de leurs supérieurs.

Cela a amené des experts à se tourner vers des indicateurs différents pour se faire une idée de la réalité plus juste que celle dépeinte par les chiffres officiels, notamment ceux du PIB, expliquait cet été The Economist.

L’actuel premier ministre chinois, Li Keqiang, était l’un d’eux lorsqu’il gouvernait une province du nord-est. Il préférait alors se fier à la consommation électrique, au transport de marchandises par train et au volume des prêts accordés par les banques. L’outil mis au point par la firme de consultants Capital Economics compte, quant à lui, huit indicateurs autres. Il lui a permis d’estimer que la croissance économique totale de la Chine de 2014 à 2019 n’a pas été de 48 %, comme l’ont rapporté les statistiques officielles, mais de 33 %.

Autoportraits d’autocrates

Mais la Chine n’est pas la seule à avoir mal à ses statistiques économiques officielles, précisent les experts. En fait, tous les gouvernements aimeraient probablement pouvoir embellir leurs accomplissements, notamment économiques, mais les régimes démocratiques ont habituellement des agences statistiques indépendantes, des partis d’opposition, des experts indépendants, une presse libre et une liberté de parole qui les empêchent de faire comme bon leur semble. Ce n’est pas le cas pour les régimes autocratiques.

Certains outils différents de mesure du développement économique peuvent parfois être surprenants. L’un d’eux est le niveau d’éclairage artificiel des pays la nuit.

Se basant sur des images satellites, un chercheur de l’Université de Chicago, Luis Martinez, a ainsi constaté que, contrairement aux pays démocratiques, les chiffres de PIB rapportés par les dictateurs sont souvent beaucoup plus élevés que le suggère l’image de leurs pays vus du ciel. La croissance totale des régimes autocratiques de 2002 à 2021 devrait même être réduite de presque moitié, c’est-à-dire de 147 % à 76 %.

Les dictateurs auraient surtout tendance à exagérer leurs succès économiques à partir du moment où leur pays devient trop riches pour avoir droit à de l’aide financière internationale. Le travail d’embellissement deviendrait particulièrement tentant en périodes difficiles et se ferait sur les données les plus faciles à manipuler pour les gouvernements, comme les dépenses publiques et l’investissement.

Les économistes devront-ils demander à quelqu’un dans la Station spatiale internationale de leur prendre une photo la prochaine fois qu’elle passera au-dessus de la Chine la nuit pour pouvoir faire le point sur l’état de son économie ?

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