Le piège de Bakou, ou la fin des illusions énergétiques européennes

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Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Bakou, le 18 juillet 2022

Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Bakou, le 18 juillet 2022Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Bakou, le 18 juillet 2022

©Présidence azerbaïdjanaise/AFP

Accord gazier

Alors que les Européens payent chèrement la facture d’une stratégie énergétique européenne dans l’impasse, Moscou a proposé mi-octobre un « hub gazier » en Turquie aux portes de l’Europe pour contourner les sanctions occidentales.

Or il apparaît que le hub énergétique voulu par Moscou a déjà commencé à Bakou. En effet, l’Azerbaïdjan occupe désormais une place importante dans le dispositif énergétique européen, si bien que la Présidente de la Commission européenne a qualifié l’Azerbaïdjan (dictature pro-russe inféodée à Ankara) de « partenaire fiable ».

De quoi s’agit-il ?  L’UE a signé en juillet 2022 un accord gazier avec l’Azerbaïdjan prévoyant de doubler ses importations de gaz naturel dans le contexte de réduction des importations russes. L’Azerbaïdjan s’est aussi imposé comme un hub de transit du pétrole russe vers l’Europe. En effet, il n’a pas échappé aux experts une divergence croissante entre la quantité de pétrole produite en Azerbaïdjan (en baisse) et les exportations vers l’Europe (en hausse), si bien qu’il apparaît clairement que le pétrole russe entre dans le système pétrolier azéri qui en assure le transit jusqu’en Europe via la Turquie.

Cette réorientation de l’approvisionnement énergétique européen enferme l’Europe dans une double impasse stratégique et morale.

Impasse stratégique car le dispositif altère l’effet des sanctions contre la Russie et empêche l’Europe de diversifier son approvisionnement énergétique. Il apparaît clairement que l’Azerbaïdjan réexporte le pétrole russe à l’Europe en contournant ainsi l’embargo décidé sur les importations russes. Acheter du gaz azéri revient à acheter russe. Bakou sert de cheval de Troie au gaz russe et s’enrichit sur le dos des sanctions payées par les consommateurs européens. 

Cette configuration renforce par ailleurs directement la Turquie qui ambitionne de s’imposer comme intermédiaire entre les gisements du Proche-Orient et le marché européen. A cela s’ajoute les projets turcs en Méditerranée orientale qui provoquent des tensions avec la Grèce et Chypre, deux Etats membres de l’UE. Par cette réorientation, l’Europe soutient malgré elle la stratégie de puissance de la Turquie, qui a été récemment réaffirmée par le Président Erdogan qui assume une politique d’expansion territoriale.

Tout ceci interroge par ailleurs la diplomatie des valeurs dont l’UE se prévaut. Non seulement l’émergence de ce hub azéri vient réduire à néant la politique de sanction contre la Russie. Mais de surcroît, elle interdit à l’UE de prendre position contre les atteintes évidentes de l’Azerbaïdjan aux droits individuels de ses concitoyens ou contre la récente agression militaire contre l’Arménie qui a conduit pourtant à de nombreux crimes de guerre, l’usage d’armes chimiques et de drones tueurs contre les populations civiles. C’est donc aussi une impasse morale qui revient à financer une dictature et encourager ses intentions impérialistes qui n’est que la lessiveuse des exportations russes. 

Autrement dit, l’impasse politico-énergétique est totale : l’Europe ne sanctionne rien et accroît sa dépendance. Cet engrenage n’est pas sans rappeler le « piège de Thucydide » théorisé par le professeur Graham Allisson (Harvard). Il décrit la configuration où une puissance dominante, saisie par la peur et entraînée par de mauvaises décisions, en vient à être prise au piège d’un rapport de force gagné par une puissance émergente. 

L’Europe fait aujourd’hui face au piège de Bakou : en voulant sanctionner une puissance à ses portes (Russie), elle renforce les autres (Turquie, Azerbaïdjan) et s’affaiblit elle-même. Pour sortir de ce piège, l’Europe doit donc urgemment repenser sa stratégie.

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d’économistes, de chefs d’entreprise et de professeurs d’université.

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