Législatives en Tunisie : des élections qui marquent « un pas de plus vers la dictature »

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« Ci-gît la Révolution ». L’épitaphe pourrait figurer à l’entrée du Palais du Bardo, à Tunis, siège d’une Assemblée nationale devenue le symbole de la restauration autoritaire en Tunisie. Onze ans après avoir montré l’exemple au monde arabe en organisant les premières élections libres de son histoire, la Tunisie vote ce samedi 17 décembre pour des législatives au goût amer. L’Assemblée, suspendue depuis le « coup d’État présidentiel » de Kaïs Saïed, qui s’est octroyé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021, accueillera 161 nouveaux députés à l’issue de ce vote. Un scrutin orwellien, où les partis politiques ont eu interdiction de battre campagne et les journalistes étrangers d’interviewer les candidats, le tout sur ordre de « l’Instance supérieure indépendante pour les élections », dont seul le chef de l’État peut nommer ou évincer les 7 membres.

« Cette élection franchit un pas de plus vers la dictature. Elle accouchera d’un Parlement Potemkine », déplore Monica Marks, chercheuse à la New York University Abou Dhabi, spécialiste du Maghreb. Depuis qu’il concentre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, le « Caïd » s’est taillé une nouvelle Constitution sur mesure et a réécrit une loi électorale gravant dans le marbre son régime hyper présidentialiste.

Les partis politiques, qu’abhorre Kaïs Saïed, n’ont pas pu présenter de liste : seuls des individus sans étiquette affichée étaient autorisés à concourir. Quant aux quotas assurant une parité hommes femmes et l’inclusion d’un candidat de moins de 35 ans par liste au minimum, ils ont été abolis. « Ces nouvelles dispositions déboucheront probablement sur une législature sans pouvoir, atomisée, moins représentative et mal équipée pour organiser une opposition vigoureuse à la dérive autoritaire de la Tunisie », présageaient dans une note d’octobre deux chercheurs du Carnegie Endowment International.

« Ni nouveau visage, ni nouveau message »

Si ce n’est dans l’hémicycle, la colère s’exprimera-t-elle dans la rue ? Le retour d’un « homme fort » digne des années de la dictature Ben Ali (1987-2011) ne semble pas, pour l’heure, mobiliser les foules. La popularité du « robot » (le surnom de Kaïs Saïed) s’est, certes, un peu érodée depuis son élection triomphale d’octobre 2019, avec 72,7 % des suffrages. « Mais il demeure beaucoup plus apprécié que le plus populaire de ses opposants », note Youssef Cherif, analyste au Columbia Global Centers, à Tunis. Une décennie de promesses non tenues du parti islamiste Ennahdha, majoritaire à l’Assemblée, a écœuré beaucoup de citoyens. Sans passé politique, Kaïs Saïed a su en tirer profit et séduire par un discours populiste, voire conspirationniste. Aucune autre opposition n’a su se fédérer pour y répondre. « Il n’y a ni nouveau visage, ni nouveau message », résume Youssef Cherif.

Faute d’alternative satisfaisante à leurs yeux, de plus en plus de Tunisiens boudent les urnes. Seuls 30 % des inscrits se sont prononcés au référendum constitutionnel du 25 juillet 2022, ils étaient 56 % au second tour des présidentielles, trois ans plus tôt. Et ce 17 décembre, la participation s’annonce faible. La priorité est ailleurs pour de nombreux Tunisiens qui peinent à joindre les deux bouts et subissent de plein fouet l’inflation liée à la guerre en Ukraine. Elle s’élevait à 9,8% en novembre 2022 et se double de pénuries à répétition sur les biens de première nécessité. Les rayons pâtes, farine et sucre des épiceries se vident et les pharmacies sont à court de médicaments de base. L’Etat, dont les caisses sont vides, semble impuissant. Et le report sine die de l’examen par le FMI du dossier tunisien, annoncé le 14 décembre dernier, retarde de facto le versement d’un crédit d’environ 2 milliards de dollars.

« La situation socio-économique, de plus en plus désespérée, est le talon d’Achille de Kaïs Saïed, analyse Monica Marks. Pour l’instant, il profite de l’épuisement de la plupart des Tunisiens, qui n’ont pas la force de descendre dans la rue. Le mot que j’ai le plus entendu dans leurs bouches ces derniers mois est : ‘fatigue’. Mais tôt ou tard, Kaïs Saïed deviendra la caricature de lui-même : un populiste impopulaire. » Comme un certain Ben Ali avant lui…

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