Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret

, Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret

« C’est un coup de poignard dans le dos de ces combattantes qu’enfoncent certaines néoféministes en condamnant toute critique du voile au prétexte de ne pas nourrir l’islamophobie. (…) Combien faudra-t-il de morts à Téhéran pour que l’héroïsme des Iraniennes les force à ouvrir les yeux et les oreilles et pour qu’elles cessent de danser le moonwalk de Michael Jackson en faisant semblant de faire avancer la cause des femmes tout en la faisant reculer ? » (Claude Malhuret, le 5 octobre 20220 au Sénat).


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Depuis un mois, de nombreuses manifestations ont lieu en Iran pour s’attaquer à la dictature islamique du Guide suprême. La cause, le catalyseur, a été l’arrestation à Téhéran de la jeune étudiante iranienne d’origine kurde (et sunnite) Masha Amini (22 ans) le 13 septembre 2022 par la police dite des mœurs pour tenue indécente (« port de vêtement inapproprié » : elle portait mal le hijab et avait laissé dépasser une mèche de cheveux).

Le jour même, elle a été conduit à l’hôpital, tombée dans le coma, et elle est morte sans s’être réveillée le 16 septembre 2022, enterrée le lendemain. Selon les autorités iraniennes, elle n’aurait pas été tabassée et serait morte dans la première version d’un problème cardiaque et dans une seconde version d’une maladie au cerveau alors que sa famille a affirmé qu’elle était en excellente santé et qu’elle s’est procurée un scanner faisant état de coups et blessures sur la tête.

Dès le 16 septembre 2022, le peuple iranien s’est mis courageusement à manifester et à protester dans les principales villes iraniennes, en particulier kurdes mais aussi à Téhéran et dans les universités. La police a réprimé violemment les manifestants et entre le 16 septembre et le 2 octobre 2022, l’organisation Iran Human Rights a décompté au moins 92 manifestants iraniens tués. La cible des manifestants est le Guide suprême Ali Khamenei, qui a accusé le 3 octobre 2022 « les États-Unis, le régime sioniste et leurs mercenaires » d’être à l’origine de cette déstabilisation du régime.

Un an après la mort de l’ancien Président Bani Sadr, le peuple iranien et en particulier les femmes iraniennes, se mettent à rêver d’une libéralisation du régime après plus de quarante-trois ans de dictature islamique, tandis que les plus conservateurs du régime avaient gagné l’an dernier l’élection présidentielle avec la victoire du religieux chiite Ebrahim Raïssi, probable successeur du guide de la révolution.

Cette actualité sanglante a ému le monde entier, en particulier en France où des manifestations ont été organisées dans plusieurs grandes villes pour soutenir les femmes iraniennes dans leur liberté de choisir leurs vêtements. Des mobilisations diverses et variées ont eu lieu (en particulier des actrices françaises), et le Sénat a aussi choisi de faire un débat sur le sujet (« Atteintes aux droits des femmes et aux droits de l’homme en Iran ») le mercredi 5 octobre 2022 après-midi à l’initiative de son Président, Gérard Larcher.

La séance fut présidée par l’ancien Ministre de la Défense Alain Richard, actuel vice-président du Sénat, et a consisté en des interventions de chaque groupe avec une conclusion prononcée par la Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Catherine Colonna qui a résumé l’horreur ainsi : « Une vie détruite. Et pourquoi ? Pour une mèche de cheveux dépassant d’un voile… ».

Parmi les orateurs, il y a eu le sénateur de l’Allier Claude Malhuret, actuel président du groupe Les Indépendants, République et Territoires, ancien Secrétaire d’État chargé des Droits de l’homme entre 1986 et 1988 (le premier du genre), ancien maire de Vichy, ancien président de Médecins sans frontières et cofondateur du site Doctossimo (avec Laurent Alexandre).

Claude Malhuret a le sens de la formule et du mot juste. Il l’a déjà prouvé dans d’autres interventions au Sénat qui sont toujours savoureuses, un brin polémiques certes mais tellement proches de la vérité, en particulier sur la pandémie de covid-19 le 4 mai 2020 et sur le passe vaccinal le 11 janvier 2022.

Soutenant les femmes iraniennes, Claude Malhuret a fustigé les militantes hypocrites qui récupéraient ce combat alors qu’elles défendent le port du voile en France. Comme son intervention a été excellente du début à la fin, je propose ici de la reproduire. La source est le compte rendu intégral des débats du Sénat.

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M. le président (Alain Richard). La parole est à M. Claude Malhuret.
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M. Claude Malhuret. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, le temps des dictateurs est revenu. Les démocraties, au terme d’une lutte implacable, avaient vaincu au XXe siècle les deux totalitarismes aux dizaines de millions de morts. Certains les croyaient disparus à jamais.

Sous nos yeux, l’internationale des tyrans se reforme. Le boucher de Moscou, le génocidaire des Ouïghours en Chine, le docteur Folamour de Corée du Nord, le massacreur de femmes de Téhéran et quelques autres se sont regroupés. Leur seul but : se venger, abattre l’Occident, mettre à bas la liberté et, en premier lieu, celle des femmes.

Le pire est que, comme au siècle précédent, ils comptent des alliés dans nos propres pays : les adorateurs de Poutine, indifférents au massacre des Ukrainiens ; les complices de Xi, qui se moquent des Ouïghours et de Taïwan ; les alliés de Khamenei, expliquant, au moment où les Iraniennes meurent, que le voile est seyant ; en un mot, les populistes de tous bords, qui partagent une idée fixe avec les despotes : la haine de la démocratie.

Depuis le début de la révolte en Iran, et jusqu’à la manifestation de dimanche dernier à Paris, ces professionnels de l’indignation, ceux qui battent le pavé chaque semaine pour crier que la police tue ou dénoncer le racisme systémique en France, avaient disparu. Où étaient-ils lors des deux premiers rassemblements en soutien des femmes iraniennes ? En week-end sans doute, comme lors des manifestations pour l’Ukraine ! Leurs comptes Twitter, qui dénoncent chaque jour le patriarcat et l’islamophobie, sont devenus muets : pas un mot de soutien, pas un appel contre la mollarchie et sa police des mœurs ! Pendant qu’à Téhéran, les femmes meurent sous les coups et les balles, ils préfèrent dénoncer le virilisme du barbecue, faire l’éloge d’un gifleur ou juger les harceleurs dans des « comités de transparence », qui sont l’oxymore le plus grotesque inventé depuis la dictature du prolétariat.

Quelques-uns d’entre eux ont réapparu dimanche dernier lors du rassemblement place de la République à Paris. Les Iraniens et les Iraniennes présents leur ont donné une grande leçon de laïcité. En signifiant à Mme Rousseau qu’elle n’était pas la bienvenue, ils ont rendu clair pour tout le monde cette évidence : on ne peut pas en même temps être pour le voile à Paris et défendre celles qui brûlent leur voile à Téhéran. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, RDPI, RDSE, UC et Les Républicains.) En sifflant Mme Manon Aubry, ils ont signifié qu’un parti ne peut pas marcher avec les islamistes en 2019 et soutenir les victimes de la République islamiste en 2022. En un mot, ils nous ont montré qu’on ne peut à la fois être communautaristes et universalistes : il faut choisir.

En Iran, des femmes risquent leur vie pour se débarrasser du voile. Ici, les intersectionnels le présentent comme une liberté. Écoutons ce que leur répond Chantal de Rudder : « Le voile n’est pas un objet cultuel, mais un objet politique. C’est le produit phare de l’islamisme. Et c’est désormais une affirmation anti-occidentale et antidémocratique ».

Ce morceau d’étoffe, Bourguiba l’appelait « l’épouvantable chiffon ». Aux naïfs qui croient que se voiler est un choix, aux décoloniaux qui n’ont jamais lu un livre d’histoire, il faut rappeler que la lutte contre le voile n’est pas une oppression néocoloniale : les grands dirigeants musulmans ayant compris que la soumission de la femme était l’une des causes principales du déclin de leur pays l’ont combattu. Atatürk, le premier, l’a interdit dans les années 1920 en Turquie ; puis, ce fut Reza Chah dans les années 1930 en Iran, et Bourguiba plus tard en Tunisie. Nasser, en Égypte, s’en moquait publiquement devant le grand mufti d’al-Azhar.

Ce combat, gagné par eux, a été perdu depuis la révolution islamique de 1979. Les femmes iraniennes reprennent aujourd’hui ce flambeau contre les mollahs, les ayatollahs, les dictateurs, les talibans et leur police des mœurs.

C’est un coup de poignard dans le dos de ces combattantes qu’enfoncent certaines néoféministes en condamnant toute critique du voile au prétexte de ne pas nourrir l’islamophobie. C’est un coup de poignard dans le dos lorsque Sandrine Rousseau déclare que le voile peut être un « embellissement » ou que Rokhaya Diallo ose affirmer :  »La liberté peut aussi être dans le hijab ».

Combien faudra-t-il de morts à Téhéran pour que l’héroïsme des Iraniennes les force à ouvrir les yeux et les oreilles et pour qu’elles cessent de danser le moonwalk de Michael Jackson en faisant semblant de faire avancer la cause des femmes tout en la faisant reculer ?

Le XXIe siècle s’annonce aussi dangereux que le précédent ; il est temps de s’en rendre compte. Ceux qui croient que nous ne sommes pas en guerre ou qui, pour se rassurer, se forcent à le croire commettent une erreur tragique, car les dictateurs et les ayatollahs, eux, savent qu’ils sont en guerre contre nous.

Puissent les admirables femmes iraniennes, les héroïques soldats ukrainiens et les courageux dissidents chinois nous convaincre de nous rallier à leur cri : « Liberté ! » (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, RDPI, RDSE, UC et Les Républicains.)

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L’Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 « L’Iran et l’Occident » (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d’Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l’étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l’ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

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