Mondial 2022 : « La France collabore à l’opération de propagande d’une théocratie islamique rétrograde »

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Tandis que l’invasion de l’Ukraine menée par l’armée russe et ses divers supplétifs constitue une menace immédiate pour la paix dans toute l’Europe et que Poutine poursuit une guerre qui amène son lot de crimes, les caméras et les commentaires du monde entier sont braqués vers « l’événement planétaire » : le Mondial de football au Qatar. Les fans de la « planète foot », à l’unisson de la quasi-totalité des médias publics ou privés, osent encore présenter la compétition comme « un facteur de compréhension entre les peuples », une « fête de la jeunesse », un « rassemblement sportif fédérateur » et autres slogans éculés de la « paix sportive » que la bureaucratie dirigeante de la FIFA, plombée depuis des années par de graves affaires de corruption, ressort régulièrement comme un mantra. Les déclarations scandaleuses de son président Gianni Infantino qui s’oppose à toute forme de solidarité avec les femmes, les jeunes et les démocrates victimes de la répression sanglante du régime islamique des ayatollahs en Iran et qui fait l’apologie servile du Qatar donnent la mesure de ce qu’est devenue la FIFA : une mafia affairiste et cynique.

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Oublié le « Qatargate » – instruit par les justices suisse, française et américaine – qui révèle pourtant les pratiques maffieuses tentaculaires des autorités du football mondial, dont Sepp Blatter et Michel Platini en lien avec le président de l’époque Nicolas Sarkozy. La FIFA collabore ouvertement – au nom de l’apolitisme bien sûr… – avec les dirigeants d’un pays à haut niveau de corruption, de surcroît pourvoyeur idéologique du rigorisme islamiste et probable bailleur de fonds des groupes djihadistes. Mais seules captivent les « prouesses » des millionnaires en crampons durant la kermesse commerciale du ballon rond ! Et c’est ainsi que la multinationale FIFA clôturera le tournoi en engrangeant sûrement plus d’un milliard de dollars de bénéfices nets.

L’opium du peuple

Évaporées, les timides préoccupations sur le respect des droits de l’Homme en dictature wahhabite. Tandis que la richissime pétromonarchie du Qatar continuera d’asservir sa population en appliquant strictement la charia et ses préceptes discriminatoires scandaleux, en mettant au pas les femmes « rebelles » et en persécutant les homosexuels passibles de la peine de mort, les Bleus pourront continuer à s’entraîner dans leur parc-hôtel de luxe, et les journalistes disserter sur la température trop fraîche des stades climatisés et la qualité des campings.

« L’abrutissement du football se situe aussi dans les commentaires chauvins hystériques des « consultants ». »

Relégués aux faits divers, l’esclavagisme brutal imposé aux travailleurs migrants qui ont construit les stades pharaoniques en y laissant leur vie, la prostitution massive des femmes étrangères dans les luxueux hôtels de supporters, l’incessant ballet des vols aériens qui déversent chaque jour des milliers de supporters en aggravant le désastre écologique et l’empreinte carbone. Une seule question existentielle tracasse le gouvernement français : « nos Bleus », diminués par les forfaits en cascade, accéderont-ils aux demi-finales pour que le président Macron saute de joie devant les caméras ?

Cette diversion qui légitime le dérisoire est l’une des fonctions politiques principales du football : la chloroformisation et la dépolitisation par la fausse conscience, l’opium du peuple. Le rôle politique du football est d’être l’écran de rêve qui occulte la réalité sociopolitique derrière le mirage des « tirs en pleine lucarne », des « buts fabuleux », des « passes lumineuses » qui font « chavirer de bonheur ». Or, l’abrutissement du football se situe aussi dans les commentaires chauvins hystériques des « consultants », dans les foules en délire qui envahissent les terrains, hurlent des slogans racistes et affrontent les supporters adverses au nom de la « loyauté sportive ». Après la victoire du Maroc contre la Belgique, des supporters cagoulés des « Lions de l’Atlas » ont ainsi saccagé le centre-ville de Bruxelles et blessé un journaliste.

Un appareil idéologique

Le football professionnel est devenu un appareil idéologique pour tous les États, surtout les régimes théocratiques, autocratiques ou militaro-policiers. Aurait-on oublié le Mundial 1978 en Argentine organisé par la dictature militaire ? Le président Macron, devenu professionnel de l’enfumage sophistique, appelle à « ne pas politiser le sport » alors qu’il ne cesse de convier les sportifs à l’Élysée. Ses déclarations pendant le match France-Danemark illustrent jusqu’à la caricature son opportunisme cynique en invitant à « préserver l’esprit du sport qui doit rester un espace de rapprochement des peuples, autour de valeurs universelles », avant d’ajouter que « le Qatar s’est engagé dans cette voie et doit continuer. Il peut compter sur notre soutien ». Prenant la posture d’un chauffeur de salle, il s’adresse « à toutes les équipes et aux nations représentées » : « Vous faites aujourd’hui vibrer le monde à chaque but marqué. Alors vibrons ensemble ! Et une fois encore : allez les Bleus ! »

« Il convient aussi de dénoncer le double langage hypocrite des responsables de la Fédération française de football. »

La participation des Bleus au Mondial ne signifie donc rien d’autre que la collaboration politique de l’État français à l’opération de propagande d’une théocratie islamique rétrograde qui vend du gaz et du pétrole et achète des Rafale. Dans ce contexte, les pseudo-indignés de LFI qui ne veulent pas « prendre les footballeurs en otage » sont à présent pris au piège de l’apolitisme du « foot-culture-populaire-universelle ». Selon le député Alexis Corbière, « on peut aimer le foot et détester cette Coupe du monde », « regarder le football mais les yeux ouverts, la conscience ouverte, éveillée sur ce scandale écologique, social et démocratique ». Cette palinodie typique du « en même temps » conduit Jean-Luc Mélenchon à exhorter les « meilleurs footeux du monde » à « faire honneur à la Nation française et au peuple français » en faisant « quelque chose » pour prouver qu’ils sont des « insoumis » en régime dictatorial. Or, n’est pas l’équipe d’Iran qui veut, dont les joueurs ont pris de gros risques en refusant de chanter l’hymne national lors de leur premier match…

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Quel que soit le résultat final de la compétition, il convient aussi de dénoncer le double langage hypocrite des responsables de la Fédération française de football (FFF) qui prétendent défendre l’universalisme des droits humains dont se réclame la République française tout en acceptant sans le moindre scrupule qu’un Émirat islamique fondamentaliste, obscurantiste et esclavagiste refuse de les respecter au nom de ses « traditions » et de ses supposées « valeurs » qui imposent aux femmes qataries l’enfermement du hijab et la condamnation des relations sexuelles extraconjugales. Aux amateurs du « beau jeu » dans des stades hautement surveillés (150 000 caméras de vidéosurveillance) et quadrillés par des milliers d’agents de sécurité, de forces spéciales étrangères, de policiers en civil et de chiens renifleurs, il convient enfin de rappeler que l’émir Tamim ben Hamad Al Thani a chaleureusement remercié Poutine, le dépeceur de l’Ukraine, pour l’implication de la Russie dans l’organisation du Mondial.

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Signataires :

Dominique Baqué, philosophe, historienne et critique d’art

Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste

Jean-Michel Besnier, professeur émérite de philosophie à l’Université Paris Sorbonne

Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie à l’Université Montpellier III

Pascal Bruckner, philosophe et écrivain

Gilles Bui-Xuân, professeur émérite en sciences et techniques des activités physiques et sportives

Anne-Lise Diet, psychanalyste, analyste de groupes et d’institutions

René Fregosi, philosophe et politologue

Jacques Gleyse, professeur émérite en sciences et techniques des activités physiques et sportives à l’Université de Montpellier

Christian Godin, philosophe

Marc Jimenez, philosophe et essayiste

Catherine Kintzler, professeur honoraire à l’Université de Lille

Laurent Loty, historien des idées scientifiques et politiques au CNRS

Céline Masson, psychanalyste, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne

Fabien Ollier, directeur de la revue Quel Sport ?

Laetitia Petit, maître de conférences-HDR en psychologie clinique à l’Université Aix-Marseille

Louis Sala-Molins, professeur émérite de philosophie politique aux Universités Paris I et Toulouse II

Daniel Salvatore Schiffer, philosophe et écrivain

Pierre-André Taguieff, philosophe et politiste, directeur de recherche au CNRS

Patrick Vassort, maître de conférences-HDR en sociologie à l’UFRSTAPS de Caen

Yves Charles Zarka, professeur émérite à l’Université de Paris Cité

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