Montpellier : le MO.CO. refuge de trois « musées en exil »

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« Les maîtres invisibles », sélection de 64 lithographies de Rachid Koraïchi. (©CN / Métropolitain)

Avec « Musées en exil », le MO.CO. accueille une exposition événement jusqu’au 5 février. Le centre d’art contemporain de Montpellier devient ainsi le refuge des témoignages artistiques de trois conflits. Du Chili à la Bosnie jusqu’à la Palestine, avec un passage voulu par l’actualité en Ukraine, quand l’art prouve son utilité dans un monde en guerre.

« Les musées sont ces mondes qui échappent à la mort ». En reprenant les mots de Malraux, Numa Hambursin, directeur du MO.CO. pose toute l’ambition de « Musées en exil » : « L’art est souvent perçu comme quelque chose d’assez accessoire. Cette exposition nous prouve exactement le contraire. Quand des pays ou des peuples sont en guerre, ils pensent pourtant à leur patrimoine qu’il faut protéger et au patrimoine du futur comme la constitution d’un musée ».

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Socialisme et démocratie au Chili

Ce fut le cas au Chili après le coup d’état d’Augusto Pinochet en 1973 et la mort de Salvador Allende. Pendant près de 15 ans, la dictature militaire met en place la censure et une répression à grande échelle. Le musée de la solidarité lancé en 1971 pour constater les avancées du socialisme et de la démocratie voit toutes les oeuvres données par des artistes détruites. Mais en exil, opérant simultanément depuis plusieurs pays entre 1975 et 1990, le Musée de la Solidarité Salvador Allende prend forme avec 1 307 oeuvres, dont 256 par des Français, offertes par des artistes sensibles à la cause et beaucoup engagés politiquement.

Avec la fin de la dictature, la collection, qui compte aujourd’hui 3 100 oeuvres, regagne en 1991 le Chili. Le MO.CO. a sélectionné 32 oeuvres symbolisant cet engagement mais également les figures artistiques de l’époque. On retrouve ainsi des noms prestigieux tels Alexander Calder, Zoran Music, Victor Vasarely, Edouard Pignon ou encore José Balmes.

Solidarité et art en Bosnie

L’histoire de la civilisation étant constituée de guerres, il ne fallut pas attendre longtemps avant de voir un conflit exploser cette fois sur le continent européen. En 1992 éclatent la guerre en Bosnie-Herzégovine et le siège de Sarajevo durant quatre ans. Au nettoyage ethnique provoquant la mort de plus 13 000 personnes s’associe une purge des lieux culturels comme la Bibliothèque Nationale ou encore le musée des Jeux Olympiques. À ces destructions, un groupe d’intellectuels décide de répliquer en créant un musée d’art contemporain pour répondre à la violence par l’art.

Entre 1994 et 2007, plus de 150 artistes internationaux tels Marina Abramovic, Sophie Calle, Christian Boltanski, Bill Viola… constituent la collection Ars Aevi, anagramme de Sarajevo signifiant également en latin « L’art de notre temps », avec des expositions organisées dans toute l’Europe. La collection de résistance, réunissant aujourd’hui plus de 1 600 pièces présentées dans un musée virtuel, devrait être visible prochainement dans un écrin conçu par Renzo Piano à Sarajevo. Le MO.CO. expose une quinzaine d’oeuvres à la fois en écho au conflit et signe d’un art en évolution.

Palestine, un musée véritablement en exil

La dernière collection présentée, pour l’heure véritablement en exil, est en soit une forme d’acte politique. Si l’Autorité nationale palestinienne est confortée par les accords d’Oslo en 1992, l’ONU ne reconnaît toujours pas la Palestine comme un état autonome. Toutefois, en 2015, une délégation palestinienne à l’UNESCO a décidé de constituer un fonds d’oeuvres destinées à devenir la collection du futur musée national d’art moderne et contemporain de la Palestine. 

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Elias Sanbar devant une oeuvre Ernest Pignon-Ernest, engagé dans la réalisation du future musée.
Elias Sanbar devant une oeuvre Ernest Pignon-Ernest, engagé dans la réalisation du future musée. (©CN / Métropolitain)

« L’art n’est pas un luxe. C’est une question fondamentale car c’est un besoin vital. On ne se rend pas compte que lorsque l’on vit une situation de cauchemar et d’ennui que sont une guerre ou une occupation, dans ces conditions, les citoyens ont besoin de beauté. L’art, que l’on peut prendre comme un hobby ou un luxe, est un fabuleux levier. Il faut toujours mettre de la beauté au service des gens qui souffrent. C’est une forme de résistance et une manière de donner du souffle. Les seuls projets qui valent d’être menés, les seuls défis à relever, sont ceux que l’on considère comme irréalistes » explique le poète Elias Sanbar initiateur du futur musée engagé dans sa réalisation avec Ernest Pignon-Ernest, Gérard Voisin et Jack Lang.

L’ancien ministre de la culture est particulièrement impliqué. Depuis 2016, la collection est en effet conservée et aperçue par bribes à l’Institut du Monde Arabe à Paris. « Ce n’est pas un dépôt. Les oeuvres sont archivées et sont ainsi prêtées à travers le monde. Ils sont partenaires du projet et seront là jusqu’au moment où les oeuvres seront transportées au musée national qui doit être à Jérusalem Est car la place d’un musée national est dans une capitale et pas une ville annexe » souligne Elias Sanbar.

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Et de résumer l’ambition actuelle de cette collection réunissant 340 oeuvres données par 150 artistes internationaux : « Parfois sur une image, le personnage qui n’apparaît pas est mille fois plus visible que ceux qui apparaissent. L’absence est souvent plus visible que les présences. Ce musée est cela, une visibilité et une absence ». Ainsi, à Montpellier, à travers une sélection de 44 oeuvres, la collection est montrée pour la première fois en tant qu’ensemble et témoigne d’un message d’espoir pour la résolution du conflit.

Du Louvre à l’Ukraine

En préambule à la découverte de ces trois collections, l’exposition propose également une plongée historique à travers trois salles très instructives consacrées à l’évacuation des oeuvres du Prado en 1936, du Louvre en 1939 et du musée Fabre en 1940. Elles bénéficient en outre des prêts de plusieurs pièces comme L’Ange déchu de Cabanel ou une tapisserie commandée par Picasso au couple d’artistes René et Jacqueline Dürbach représentant Guernica.

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Si l’exposition est prévue depuis plus d’un an, elle n’échappe pas à l’actualité. « La guerre en Ukraine est arrivée et les mêmes questions se sont posées. Nous avons mené une réflexion pour ne pas, en quelque sorte, instrumentaliser ce conflit. Nous y faisons allusion mais comment aurait-on pu faire autrement ? Cependant, nous n’avons pas voulu axer notre discours dessus pour ne pas nous servir d’une telle actualité dramatique » explique Numa Hambursin. L’occasion d’accorder de la visibilité aux artistes ukrainiens dont les créations continuent malgré les bombes et la peur à travers 16 oeuvres de l’exposition Art to print de l’association Artists Support Ukraine.

Une exposition pédagogique

Kid's Guernica réalisé par 300 enfants d'écoles de Montpellier.
Kid’s Guernica réalisé par 300 enfants d’écoles de Montpellier. (©CN / Métropolitain)

Au-delà de la valeur artistique et des témoignages historiques, Musées en exil est une vraie réussite notamment par la pédagogie déployée à la fois pour les adultes et les enfants. Ces derniers bénéficient de cartels adaptés, à leur hauteur, et pourront participer à des ateliers artistiques à l’instar de ceux mener, au sein de l’Esba et du centre social Caf L’île aux enfants, par 300 écoliers de Montpellier avec l’artiste Aurélie Piau afin de réaliser Kid’s Guernica. Une immense fresque collective pour la paix venant conclure l’exposition. Où comment laisser le mot de la fin aux enfants, à l’espoir…

Musées en exil au MO.CO., 13 rue de la République, Montpellier. Jusqu’au 5 février du mardi au dimanche de 11h à 18h. Tarifs : entre 3 et 5€. Gratuit pour les moins de 18 ans, chômeurs… et tous les premiers dimanches du mois. Des visites quotidiennes avec un médiateur du mardi au dimanche à 16h, compris dans le droit d’entrée, sans inscription dans la limite des places disponibles. Plus de renseignements sur moco.art.

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