Nicaragua : Carlos Chamorro, une voix contre la dictature Ortega

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Certains patronymes sont intimement mêlés au destin du pays qui les a vus apparaître, prospérer et s’épanouir, parfois dans la douleur et dans l’épreuve. C’est le cas des Chamorro, grand nom d’un petit pays, le Nicaragua. La famille a donné des présidents, des patrons de presse. Un martyr aussi – Pedro Joaquin, directeur du quotidien La Prensa, assassiné en 1978 alors que la dictature des Somoza commençait à battre de l’aile – mais également de l’espoir : Violetta avait été élue à présidence en 1990 en prônant la « concorde nationale », après des années de guerre entre les sandinistes et les Contras.

Continuer le combat en exil

Aujourd’hui comme hier, Chamorro reste un nom important en Amérique centrale. Le symbole d’un esprit combatif, au nom d’une certaine idée du Nicaragua. Au fil du temps et des tempêtes, qui n’ont pas manqué, les Chamorro ont pu prendre des directions contraires ; des générations se sont opposées. Mais le sens de l’engagement ne s’est jamais dissipé. Et il est d’autant plus indispensable aujourd’hui que le pays est devenu en quelques années, sous la férule du vieux révolutionnaire Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo, numéro 2 du régime, une sordide dictature.

Comme des dizaines de milliers de ses compatriotes, Carlos, fils de Violetta et de Pedro Joaquin, a dû prendre le chemin de l’exil pour échapper à la violence de l’appareil policier nicaraguayen. En 2019, ses locaux ont été perquisitionnés à Managua, il est parti une première fois. Deux ans plus tard, sa sœur Cristiana, qui envisageait de se présenter à la présidence contre Daniel Ortega, a été arrêtée, condamnée. Carlos est parti à nouveau.

Partir, mais sans renoncer ni rendre les armes : depuis San José, au Costa Rica, il continue de diriger le site d’information Confidencial qu’il a fondé en 1996 et poursuit ses enquêtes sur les turpitudes du régime de Managua.

Une troisième vague répressive à Managua

« Aujourd’hui, on compte plus de 230 prisonniers politiques au Nicaragua », explique Carlos Chamorro lors d’un passage à Paris, où il est venu recevoir le titre de docteure honoris causa de la Sorbonne au nom d’une ex-guérillera et militante Dora Maria Tellez, détenue à Managua depuis février 2021. « Elle a été arrêtée lors de la deuxième vague répressive, en amont de l’élection présidentielle de novembre 2021, quand l’opposition a été violemment muselée, poursuit-il. Avant, il y avait eu la vague visant les manifestants de 2018, notamment des étudiants. Quant à la troisième, c’est celle qui a fait suite aux élections, et qui dure toujours. On arrête des gens tous les jours au Nicaragua… »

Comme Dora Maria Tellez, qui fut ministre de la santé aux premières heures de la révolution de 1979, Carlos Chamorro, âgé aujourd’hui de 66 ans, a été une figure du jeune pouvoir sandiniste. Dans les années 1980, il abandonne le quotidien familial La Prensa, dirigé par sa mère Violetta depuis l’assassinat de Pedro Joaquin et acquis aux idées de l’opposition, pour prendre la tête du journal du FSNL, le parti sandiniste, Barricada. Avant de prendre ses distances face à la dérive autoritaire de Daniel Ortega au début des années 1990 – autoritarisme au sein du FSNL d’abord, puis à la tête du Nicaragua, que le vieux révolutionnaire dirige à nouveau depuis 2007.

La sinistre dictature du clan Ortega

Daniel Ortega porte toujours les couleurs rouge et noir du sandinisme, mais il ne s’agit plus que d’une sinistre caricature. « Le Nicaragua, c’est désormais une dictature familiale, dénonce l’exilé. Le FSNL aussi est une affaire familiale. Rien d’autre. Et les conditions de détention des prisonniers politiques sont terribles. Dora Maria Tellez, comme trois autres détenus, est à l’isolement depuis plus de 540 jours. Elle n’a pas le droit de lire, ni d’avoir un livre ou un stylo. Elle a perdu beaucoup de poids, les visites sont extrêmement limitées, tous les deux mois ou presque ».

Que faire face à pareille répression ? Qui peut ramener à la raison un régime engagé dans une telle fuite en avant ? « C’est maintenant à nous, aux journalistes, aux défenseurs des droits de l’homme, aux universitaires et aux intellectuels, et surtout aux gouvernements démocratiques du monde, de relancer, avec plus de force, la lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques », a déclaré Carlos Chamorro à la Sorbonne, lors de la cérémonie de remise du prix de Dora Maria Tellez. Il croit encore et toujours au pouvoir de la presse et des hommes de lettres. Carlos est un Chamorro.

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Sur les traces de son père

Carlos Chamorro avait 21 ans quand son père, opposant à la dictature Somoza, a été assassiné, en janvier 1978, à l’âge de 53 ans. Fils du fondateur de La Prensa, le plus important quotidien du pays, Pedro Joaquin dirigeait le journal depuis le début des années 1950. « Mon père était bien sûr un modèle pour moi, je ne suis pas devenu journaliste par hasard », raconte Carlos, qui a intégré La Prensa après des études de sciences économiques. Cette mort, immédiatement attribuée au régime, avait choqué le pays et a contribué à la chute de la dictature. « C’est terrible de se dire que nous sommes à nouveau confrontés, plus de quarante ans plus tard, à une nouvelle dictature. Et qu’il faut à nouveau se battre pour des hommes et des femmes emprisonnées injustement ».

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