Nicaragua, un pays sous la coupe du couple Ortega-Murillo

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Depuis les révoltes de 2018, réprimées dans le sang, la dictature du Président et de sa femme, sa vice-présidente, s’est durcie année après année, avec l’élimination de toute opposition et des prisons de plus en plus pleines. Dans le petit pays d’Amérique centrale la tragédie se joue à huis clos.

Le 8 novembre, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), le parti socialiste au pouvoir au Nicaragua depuis 2007, a remporté une éclatante victoire aux élections municipales : il détient désormais l’intégralité des 153 municipalités du pays de 6,6 millions d’habitants. Lors du précédent scrutin, en 2017, une douzaine seulement avaient été gagnées par l’opposition. Cette fois-ci, il n’y avait plus d’opposition, au point que le régime du président Daniel Ortega et de sa femme, la vice-présidente Rosario Murillo, a dû créer de nouveaux pseudo-partis pour présenter au moins une liste face aux candidats officiels. Des citoyens ont été inscrits à leur insu sur ces listes factices : l’observatoire indépendant Urnas Abiertas (Urnes ouvertes) en a dénombré plus de mille.

Les époux Ortega-Murillo ont obtenu leur réélection en novembre 2021 après avoir fait emprisonner, dans les mois précédents, sept dirigeants politiques qui avaient manifesté leur intention de se présenter contre eux. La concurrence éliminée, le couple a obtenu officiellement 75 % des voix, un chiffre invérifiable en l’absence d’observateurs indépendants, de même que le taux de participation annoncé à 65 %. Urnas Abiertas situait de son côté l’abstention au-dessus de 80 %.

ONG étrangères contraintes de quitter le pays

Plus aucune parcelle de pouvoir n’échappe désormais au FSLN, élevé au rang de parti unique. Le régime est allé jusqu’à dissoudre en mai l’Académie nicaraguayenne de la langue, fondée en 1928. Le motif : la loi dite des «agents étrangers», votée par un Parlement contrôlé par le FSLN, qui interdit à toute association de percevoir le moindre financement de l’étranger. Or, sont membres de l’Académie plusieurs intellectuels critiques du Président, tels que Gioconda Belli ou Sergio Ramirez, ancien dirigeant sandiniste récompensé en 2017 par le prix Cervantès, considéré comme le Nobel de la langue espagnole.

Des centaines d’associations ont été dissoutes de la même façon et les ONG étrangères contraintes de quitter le pays. En 2022, Waldemar Sommertag, le nonce apostolique (ambassadeur du Vatican), Bettina Muscheidt, la représentante de l’Union européenne, ont également été contraints de faire leurs valises. Et les relations avec les Pays-Bas ont été rompues. Le gouvernement a montré ainsi sa totale indifférence à l’isolement international.

Plus de 220 opposants sont en prison

Le durcissement du régime remonte au printemps 2018 avec la répression sanglante de manifestations réclamant le départ du couple Ortega-Murillo. Le bilan avait dépassé les 300 morts. Le bain de sang a dissuadé toute forme de protestation et, depuis, plus de 100 000 Nicaraguayens ont pris le chemin de l’exil chaque année. Plus de 220 opposants sont en prison, en majorité dans le pénitencier d’El Chipote, à la sinistre réputation. C’est là que sont enfermées deux Françaises – Jeannine Horvilleur et sa fille Ana Carolina. La première est mariée à un dirigeant de l’opposition, Javier Alvarez, qui a fui le pays. Ne pouvant l’arrêter, la police a emmené sa femme et sa fille, leur reprochant notamment des réactions postées sur les réseaux sociaux.

Malgré les condamnations récurrentes, les sanctions internationales ont une portée limitée. Washington a gelé les avoirs d’une cinquantaine de membres du clan présidentiel et des entreprises qu’ils contrôlent. Des gestes symboliques permettent néanmoins ne pas oublier la tragédie qui se joue en Amérique centrale. Lundi à Paris, le titre de docteure honoris causa a ainsi été remis à Dora María Téllez, 68 ans, par l’université Sorbonne-Nouvelle.

Héroïne de la guérilla qui a renversé en 1980 le dictateur Anastasio Somoza, ministre puis ferme opposante à l’autoritarisme de Daniel Ortega, elle a été arrêtée en février 2021 et reste depuis cette date recluse à El Chipote. Placée à l’isolement, elle est plongée dans une pénombre permanente qui lui interdit de lire et d’écrire. Et dans laquelle, a témoigné son ami le journaliste Carlos Fernando Chamorro (lire ci-contre), «elle ne peut même pas distinguer le dentifrice sur sa brosse à dents».

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