Sortir de la dictature du PIB

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Et si introduire de nouvelles mesures qui prennent en compte la qualité de vie permettait de mieux relever les défis environnementaux auxquels nous faisons face ? La réflexion est entamée.

Selon les prévisions automnales de grandes banques, le Canada sera probablement en récession en 2023, et ce, dès le premier trimestre. Cela signifie que l’activité économique subira une baisse soutenue et généralisée qui devrait se traduire par une contraction du produit intérieur brut (PIB), LA mesure de notre bien-être et de notre prospérité collective. Ou non. Parce que, comme tout indicateur, le PIB a d’importants angles morts, notamment du point de vue environnemental. Ignorer cette réalité, c’est faire de la croissance économique à tout prix une vache sacrée dans un monde aux ressources limitées.

« Entendons-nous bien : le scénario économique actuel est dramatique pour beaucoup de gens. La hausse des taux d’intérêt touche particulièrement ceux qui avaient déjà peu de marge de manoeuvre, inflation galopante oblige », précise Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale, qui assure la promotion et le développement de l’entrepreneuriat collectif au Québec.

Du même souffle, elle affirme que brandir le mot « récession » à répétition confirme notre vision étroite de ce qu’est le progrès. « Ce n’est pas parce que le PIB va bien que la société va bien, et vice-versa », tranche-t-elle.

L’argent ne fait pas le bonheur, dit l’adage.

Il faut savoir que le PIB est utilisé depuis la Deuxième Guerre mondiale pour évaluer la performance nationale. Pour le calculer, le gouvernement du Canada prend en compte la valeur marchande totale de tous les biens et services produits dans le pays sur une période donnée. Ce faisant, il fait fi de toutes les formes de « travail » auxquelles n’est pas accolé un signe de « piasse », comme les soins maternels et le bénévolat. Surtout, le PIB ignore tout de la pollution, des changements climatiques, de la perte de biodiversité, entre autres.

Des méthodes alternatives discutées

 

Face à ce constat, des manières différentes de mesurer la richesse voient le jour. Le Bhoutan a été le premier pays à mettre à l’essai un indice de bonheur national brut en 2008 — la Nouvelle-Zélande lui a emboîté le pas en 2019. De son côté, le Programme des Nations unies pour l’environnement a suggéré, il y a dix ans, le PIB vert, qui intègre l’évolution du capital naturel à la mesure classique. L’Institut international du développement durable, un organisme non gouvernemental canadien, a présenté en 2018 l’indice du patrimoine global, une forme de PIB affinée en quelque sorte.

Au Québec, le collectif G15+ a lancé, à la mi-octobre 2022, la deuxième version des Indicateurs du bien-être au Québec, une série de 72 indicateurs économiques, sociaux et environnementaux afin de mesurer le niveau de bien-être au Québec. La composition de cette alliance gauche-droite surprend ; elle regroupe aussi bien le Conseil du patronat du Québec et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec que la Fondation David Suzuki ! « Lors de la pandémie de COVID-19, nous nous sommes posé cette question : quelle relance économique veut-on ?

L’idée est de stimuler un dialogue social », souligne Béatrice Alain, du Chantier de l’économie sociale, qui est membre du G15+.

Les organisations s’engagent à faire le lien avec ces indicateurs aussi souvent que possible dans leurs prises de position respectives. Le but, avoué, est que les gouvernements du Québec et du Canada les intègrent dans leurs processus d’élaboration de politiques publiques. Pour l’instant, seul le fédéral semble vouloir s’engager dans cette voie. « Regarder “au-delà du PIB” nécessite d’adopter une perspective plus large en tenant compte de la qualité de vie, de l’égalité et de la durabilité », lit-on dans un rapport exhaustif sur le sujet publié en 2021 par le ministère des Finances du Canada.

Et chez nous ? « Rien n’indique une quelconque réflexion à ce chapitre à Québec », affirme François Delorme, professeur au Département de sciences économiques de l’Université de Sherbrooke, qui a copiloté la démarche du G15+. En cause, selon lui : une réticence à voir notre écart de richesse avec l’Ontario s’amplifier plutôt que s’amenuiser. Et pourtant… « L’exercice a démontré que la progression globale du Québec dans les trois piliers [économiques, sociaux et environnementaux] dépasse celle de l’Ontario et de l’ensemble du Canada, relève l’expert. C’est une validation du modèle québécois. »

La faute au capitalisme

 

Proposer de nouvelles manières de mesurer des problèmes ne change toutefois rien à ces derniers. « C’est comme si on se disait : “Changeons de thermomètre, cela changera les conditions météo” ! illustre Yves-Marie Abraham, professeur au Département du management à HEC Montréal. Au fond, le constat demeure le même : nous vivons dans des sociétés profondément capitalistes où nous avons tous intérêt à ce que l’économie croisse sans cesse pour nous assurer un niveau élevé de confort. » Son constat est sévère : le débat sur les indicateurs alternatifs relève de « l’enfumage complet ».

Ce spécialiste de la décroissance pense plutôt qu’il faut redéfinir les fondations mêmes de nos sociétés, en faisant primer la satisfaction de nos besoins fondamentaux sur l’accumulation effrénée de richesses. « Imaginer des formes de sociétés à la fois différentes et désirables est tout un défi, j’en suis conscient. Cela passe par une réduction radicale de notre production, par la mise en place de mesures de redistribution de nos richesses et par des prises de décisions aussi démocratiques que possible pour atteindre ces deux premiers objectifs », énumère-t-il. Vaste programme.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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