Viktor Orbán, professeur de dictature

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Peter Kreko est directeur du Political Capital Institute, et était l’un des organisateurs du Forum de Budapest de ce mois-ci (21-22 septembre), où un panel a exploré le sujet de la désinformation cautionnée par l’Etat.

L’annonce de la Commission européenne de son intention de suspendre 7,5 milliards d’euros de fonds destinés à la Hongrie, en réponse à des violations de l’Etat de droit (liées à des irrégularités dans les procédures de passation de marchés publics), pourrait faire réfléchir les observateurs internationaux. Comment Viktor Orbán a-t-il réussi à remporter une victoire écrasante en avril dernier malgré des preuves aussi accablantes d’une mauvaise gouvernance, ses liens étroits avec Vladimir Poutine et l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a perturbé la campagne électorale ?

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Le parti hongrois au pouvoir, le Fidesz, a remporté 3 millions de voix sur plus de 5,6 millions de suffrages exprimés (52 %), ce qui lui confère sa quatrième majorité, avec 68 % (135) des sièges au parlement. Alors que les sondages prédisaient, en début de campagne, une course serrée, le front uni d’opposition n’a remporté que 57 des 199 sièges, presque exclusivement dans la capitale Budapest, tandis que le parti d’extrême droite Mi Hazánk est entré au Parlement avec six sièges.

Quatre lignes d’attaque, toutes mensongères

Orbán a remporté cette victoire écrasante en peuplant les institutions de personnes le soutenant et en manipulant l’information afin de dominer le débat public. Sa campagne électorale s’est appuyée sur quatre affirmations clés, qui devraient servir de signaux d’alarme pour les autres Etats membres européens où les populistes ont le vent en poupe, comme en Italie, où l’alliée d’Orbán, Giorgia Meloni, est sortie victorieuse de la dernière campagne électorale.

1. Orbán a affirmé qu’en cas de victoire de l’opposition, celle-ci aurait fait entrer la Hongrie dans la guerre et aurait même enrôlé des civils hongrois pour combattre en Ukraine.

2. L’opposition, à l’écouter, aurait supprimé le « treizième mois » versé aux retraités.

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3. Elle aurait secrètement conspiré avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour qu’il s’ingère dans les élections hongroises.

4. En cas de victoire de l’opposition, les enfants auraient été exposés à de dangereuses opérations de changement de sexe. Un référendum organisé par le gouvernement le jour de l’élection comprenait la question suivante : « Etes-vous favorable à la promotion des opérations de changement de sexe pour les enfants ? »

Ces quatre lignes d’attaque, toutes mensongères, ont permis à Orbán de remporter l’élection. C’est en vain que l’opposition a tenté de les réfuter. Avant les élections d’avril, 86 % des électeurs hongrois avaient entendu dire que « le principal candidat de l’opposition enverrait des troupes en Ukraine », 79 % avaient entendu dire que l’opposition de gauche supprimerait la prime de treizième mois pour les retraités, et 67 % que la gauche soutenait les opérations de changement de sexe, selon une étude de la Fondation Dimenzió Media. 60 % de ceux qui ont entendu parler des « plans » de l’opposition pour enrôler les Hongrois et les envoyer faire la guerre ont pris ces assertions pour argent comptant.

Les institutions de la démocratie parfaitement imitées

Pour comprendre comment on en est arrivés là, il convient de comprendre le concept d’« autocratie informationnelle » (ou « spin dictatorship »), tel que décrit par Sergei Guriyev et Daniel Treisman. Le régime d’Orbán correspond parfaitement à cette description.

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Tout d’abord, une autocratie informationnelle s’abstient d’utiliser la violence et la répression directe contre ses opposants. Les journalistes indépendants ne sont pas emprisonnés et les ONG ne sont pas formellement interdites, même si leurs téléphones peuvent être mis sur écoute.

Deuxièmement, le régime imite parfaitement la plupart des institutions de la démocratie, créant une façade qui amène les observateurs internationaux à conclure que les élections étaient « libres mais injustes ».

Troisièmement, même si les élites hautement éduquées ne soutiennent pas le régime, celui-ci peut compter sur le soutien des groupes moins éduqués et moins privilégiés, parmi lesquels ses discours sont profondément ancrés.

Ce régime repose sur une partie « hardware » et une partie « software ». Côté hardware, il s’appuie sur le système médiatique le plus centralisé et le plus contrôlé de l’Union européenne. Le deuxième gouvernement d’Orbán, qui a pris le pouvoir en 2010, a donné naissance à un empire médiatique organisé par le gouvernement, dans lequel plus de 500 médias régionaux et locaux se font tous l’écho des mêmes messages élaborés de façon centralisée. En 2019, Reporters sans frontières a déclaré avoir trouvé en Hongrie « un degré de contrôle médiatique jamais vu dans un Etat membre de l’Union européenne ».

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Fausses informations et théories du complot sont légion

La partie « software », ce sont les fausses informations et les théories du complot, qui sont légion. Les médias hongrois pro-Fidesz propagent fréquemment les messages du Kremlin sur la guerre en Ukraine, et relaient des mensonges sur des questions comme l’immigration, l’influence du financier international George Soros, l’Otan, les Etats-Unis, et l’« élite libérale » occidentale.

Le Fidesz remue ces discussions pour mobiliser sa base politique et diviser la nation en deux camps : un camp « patriotique » représenté uniquement par le Fidesz, et un camp « antipatriotique », servant des intérêts étrangers et décrit comme des « usines à fausses informations ».

Cette désinformation centralisée est relayée par la télévision, la radio, la presse écrite et Facebook. Ce sont des messages cohérents les uns avec les autres, faciles à comprendre, reposant sur les résultats d’enquêtes menées par des groupes de réflexion pro-gouvernementaux. La diffusion de ces récits simplistes utilise des méthodes du XXIe siècle, mais ressemble furieusement à la propagande du XXe siècle.

Les dirigeants européens devraient tenir compte de cette dimension informationnelle du pouvoir d’Orbán, et soutenir les médias libres et indépendants. Les remèdes pourraient servir ailleurs, dans les pays de la région qui ont eux aussi adopté cette stratégie centralisée. La législation européenne sur la liberté des médias peut constituer un pas important dans la bonne direction. Les pays occidentaux doivent surtout être conscients de l’impact international d’Orbán.

Viktor Orbán : enquête sur le nouveau messie de l’extrême droite mondiale

Ces dernières années, le régime post-vérité d’Orbán a exporté ses méthodes. Il donne un coup de main aux « illibéraux » partageant ses idées dans les Balkans occidentaux (Serbie, Macédoine du Nord, Slovénie, République serbe de Bosnie…) en leur fournissant des conseils, un soutien diplomatique et de l’argent. Il aide aussi la droite populiste en Italie, aux Etats-Unis, au Brésil, en France et ailleurs. Orbán est devenu un professeur de dictature par la manipulation de l’information, et les politiciens démocratiques occidentaux devraient faire de leur mieux pour contenir son influence. Plus il disposera de ressources, plus son rôle de dictateur-manipulateur prendra de l’ampleur.

Les intertitres sont de la rédaction.

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